samedi 30 juin 2007

The John Butler Trio : Grand National

Une question s’impose avant même de poser Grand National dans le lecteur : Où John Butler a-t-il déniché une pochette aussi dégueulasse ? Un pari ? La proposition encombrante d’un neveu qui se lance dans la photo ? Une erreur humaine au moment d’appuyer sur print ? Mystère.
Une chose est sûre : pour ce nouvel album, le public visé est plus large et la volonté de « réveiller les consciences » plus manifeste. Tout dans l’habillage du CD le dit : la photo du Trio, vu à travers une lunette de sniper, en train de faire une espèce de « yo man », le message d’amour et de paix qu’on découvre sous le CD. Tout.
Et la musique confirme. Certes, le Trio n’a rien perdu de ses talents de musiciens. Mais on a souvent la triste impression de retrouver les ingrédients de Sunrise Over Sea recombinés pour passer plus facilement à la radio. Genre : « Ok John, tu prends ton son un peu folk là, ta bonne humeur, tes textes gentiment engagés, tu fais rentrer tout ça dans une bon vieux ‘couplet-refrain-solo’, et on emballe le tout ».
Voilà pour la déception. De là à dire que Grand National est une daube intégrale, il y un pas que je ne franchirai pas.
Car malgré tous ses défauts, Grand National a le mérite de ne pas être un Sunrise Over Sea bis et de dégager une énergie positive et sincère (Better Than That, et surtout Funky Tonight). Il n’est pas non plus dépourvu de nouveauté : plus rythmé que son prédécesseur, l’album recourt plus volontiers à des chœurs qui lui donnent parfois un arrière-goût de soul pas désagréable (Good Excuse, Gov Did Nothin’).
Au final, John Butler Trio troque l’atmosphère acoustique, voire intime de Sunrise Over Sea pour une ambiance plus légère, dans un album moins touchant mais sans doute plus divertissant. Le tout reste fort écoutable, et même les plus sceptiques se surprendront à pianoter un rythme ou fredonner un air de cet album prenant dès qu’on ferme un peu les yeux sur ses travers

The John Butler Trio : Grand National, Atlantic Records, 2007.

Les liens intéressants
http://www.thejohnbutlertrio.com/
site français: http://www.johnbutlertrio.fr/

La vidéo du live à Taratata :

*** Article publié par Niaco ***

vendredi 29 juin 2007

Editors - An end has a start


Une fin qu'on espère proche

Est-il possible d'avaler une plume de coq sans s'étouffer ? La question mérité réflexions et débats et je ne suis pas sûr qu'un consensus se dégage facilement. Par contre, ce qui est certain, c'est qu'il est humainement impossible d'écouter le deuxième album d'Editors jusq'au bout sans plonger dans un état catatonique irréversible.
Souvenez-vous : en 2005, Editors récoltait les éloges médiatiques avec The Black Room, album à l'originalité pourtant peu affirmée mais qui contenait quelques titres corrects comme Lights ou All Sparks. Comme tous les groupes branchés de l'époque, ça pompait sévèrement dans tout le répertoire no wave des années 80, Ian Curtis s'étant tellement retourné dans sa tombe qu'il en attrapa un tour de reins. C'est surtout sur scène que le groupe dégage, paraît-il, une énergie enthousiasmante... ce que je ne suis pas en mesure de confirmer (ou d'infirmer).
Deux ans plus tard, alors qu'on en avait presque oublié l'existence, Editors revient avec An end has a start, titre qu'on voudrait prémonitoire tant ce deuxième album se révèle bourré de clichés pourtant censés s'estomper après 5 ou 6 shampoings. La honte... On connaissait la tendance des groupes hype du moment à piller l'héritage de Cure et de Joy Division. Mais quand de surcroît, ils se copient entre eux, on obtient une caricature de caricature qui rappelle que moins par moins ne donne pas forcément plus. Copier l'original peut encore passer sur un malentendu, mais copier la copie, ça donne An end has a start, testament de médiocrité et d'indigence artistiques. Editors pousse le bouchon tellement loin qu'il ose même conclure cette deuxième galette sur la ballade Well Worn Hand, qui sent suffisamment le pipi pour pouvoir viser un podium au prochain concours Eurovision de la chanson. A écouter par curiosité, mais le ventre vite, au risque de vomir ses frites sur le nouveau polo acheté aux soldes.



Les liens (intéressants):

Le site officiel : www.editorsofficial.com/
Sur MySpace : http://www.myspace.com/editorsmusic

Hugo Pratt – Corto Maltese : La Ballade de la Mer Salée (édition spéciale 40e anniversaire)

Et nous reparlerons d’un gentilhomme de fortune

Corto Maltese, je le rappelle pour les ignares, c’est ce marin à rouflaquettes qui se trimballe d’un côté à l’autre du globe, entre épisodes exotiques et inconnus de la Première Guerre, et frasques fantastico-ésotériques de tous poils (kabbale, vaudou, légendes celtiques…tout y passe). Il débute ses aventures dans La Ballade de la Mer Salée, un chef d’œuvre graphique qui invente pratiquement le concept de roman BD. Pour l’anecdote, le monde francophone le découvre à l’époque grâce au magazine…Pif (le Pif de Pif Gadget - le magazine jeunesse édité par le Parti communiste, on l'oublie parfois - et Pif et Hercule, sans déconner).

A l’occasion de l’anniversaire de la première parution de ce monument dans la revue italienne Sgt. Kirk en 1967, Casterman se fend d’une réédition, qui vaut le détour. En effet, pour l’occasion, la photogravure a été entièrement refaite à partir des planches originales de Pratt, dont le format original a été conservé. En un mot comme en cent : on a droit à la Ballade telle qu’elle a été dessinée, en format 41x32cm s’il vous plaît.

L’effet est saisissant et me conforte dans l’idée que Pratt doit être lu en noir et blanc. Le dessin original révèle en effet une foule de détails gommés à l’impression. Le rendu des différents degrés de noir, en particulier, montre un travail précis sur la chevelure de Pandora et sur la barbe de Raspoutine. Même les rouflaquettes de Corto comportent des nuances !
De même, certaines cases à la végétation abondante, qui semblaient parfois confuses ou surchargées, se trouvent ici organisées en plans définis par l’opacité de l’encre. Le dessin semble plus clair, la dynamique des cases plus évidente.

A ces qualités s’ajoute le format des planches, qui favorise l’immersion et suscite une lecture plus attentive à des détails comme un reflet ou le contour d’un oeil.

Au-delà de la beauté de l’objet, ou de son intérêt documentaire, le mérite de cette édition est donc d’offrir une véritable redécouverte de La Ballade de la Mer Salée : une lecture qui combine les plaisirs de la nouveauté et du déjà-lu. Tout est à sa place…mais en mieux.
Pour les fans hardcore, il y a un dossier en fin de volume, avec des analyses où on apprend que Raspoutine est le « deutéragoniste » de Corto et plein d’autres trucs aussi passionnants qu’indispensables. C’est chiant mais on glane quelques anecdotes ou citations intéressantes, et on trouve quelques dessins tirés d’autres albums.

Le prix tourne autour de 50 euros. Ca fait cher pour une BD mais, pour les amateurs c’est à peine 10 euros le kilo de pur bonheur.

Les liens intéressants

Site officiel de Corto Maltese : http://www.cortomaltese.com/
Sur le site des Editions Casterman : http://bd.casterman.com/isbn/978-2-203-00579-2
Une planche à découvrir ici.

Article publié par Niaco

jeudi 28 juin 2007

Un nouveau venu rejoint "l'équipe" de New Kicks

Maintenant on est deux...

Toutes les grandes histoires s'écrivent à quatre mains : il y avait Starsky & Hutch, Arnold & Willy, Jonathan & Jennifer Heart (hohoho) et bien sûr Salvator & Adamo.

Voici maintenant venu le temps d'ouvrir ces colonnes à de nouvelles plumes bien aiguisées. C'est pourquoi j'ai l'immense honneur d'accueillir sur ce blog Niaco, étrange créature mi-estomac fascinée par les bols de nouilles, les crocodiles, les ufologues et les gens qui se prennent pour des arbres. Sa bio officielle sera publiée ici-même dans quelques jours, dès que j'aurai fait un copié/collé de Wikipedia.
Cette collaboration nous permettra d'ajouter une corde à notre arc et de varier les plaisirs : Niaco dévore des bouquins comme d'autres avaleraient un bol de chili avec viande, alors que je moi, je ne sais pas lire. Le petit débute, alors soyez sympa et ne le lynchez pas dès sa première prise de parole.
Ses premiers billets seront à découvrir dès demain.
En guise de conclusion, gardons à l'esprit cette phrase d'Audiard tirée de Un Taxi pour Tobrouk :


"Deux intellectuels assis vont moins loin qu'une brute qui marche."

The Beastie Boys - The Mix Up


Les Beastie Boys sont de retour et ça fait doublement plaisir à entendre. D’abord parce que c’est toujours une joie de découvrir les nouvelles expérimentations des trois éternels gamins de New York, mais aussi et surtout parce que ce nouvel album présente la particularité d’être exclusivement instrumental. Les Beastie Boys nous avaient déjà fait le coup en 1996 en sortant discrètement sur le label Grand Royal The In Sound From Way Out (débilement sous-titré par l’éditeur « Le son hip du monde hop »). Il s’agissait à l’époque de 13 titres funky sur lesquels les trois yankees avaient démontré qu’ils pouvaient être aussi talentueux micro en main que derrière une batterie (Mike D), une basse (Adam Yauch) ou une guitare wha-wha (Adam Horovitz).

Rebelote donc en 2007 avec The Mix Up, album qui s’inspire très largement des BO d’Isaac Hayes, Curtis Mayfield et Lalo Schifrin. Plus sophistiqué et moins brut que la sortie de 1996, cet album propose un son plus dense agrémenté de nombreuses plages de claviers, de rythmiques hip hop et de sonorités exotiques. Un régal pour les oreilles. On y retrouve des perles retro sorties tout droit de la blaxploitation des seventies : 14th St. Break surprend par ses incursions bossa, Electric Worm envoûte avec une ligne de basse hypnotique et l’incontournable The Rat Cage, en point d’orgue, est une invitation malhonnête à ressortir la chemise pelle à tarte, les pattes d’eph, les lunettes noires et la coiffure afro et à se déhancher comme une bête sous une la boule à facettes de la buvette du club de fléchettes du quartier.

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai trouvé le CD qui allait squatter mon autoradio tout l’été.


Le site officiel : http://www.beastieboys.com/

mercredi 27 juin 2007

Le Soir lance son blog "Festivals"

Le journal "Le Soir" vient de mettre en ligne son blog consacré aux festivals rock de l'été. Au programme : des comptes rendus, des prévisions, des petites infos, des interviews, etc. A lire dès aujourd'hui, par exemple, un entretien avec les Beastie Boys qui sortent un nouvel album instrumental à tomber par terre.
Bon évidemment, on reste en Communauté française, donc on se tape forcément les petits dommages collatéraux comme le carnet de route de Mud Flow. Mais jusqu'à preuve du contraire, personne ne nous oblige à le lire...

Le lien : http://blogs.lesoir.be/festivals

mardi 26 juin 2007

Vehlmann – Phillips : Sept Psychopathes

Les éditions Delcourt lancent « 7 », une nouvelle série qui met en scène “7 récits, 7 missions à haut risque, 7 équipes de 7 hommes décidés à réussir ” et réalisée par 7 scénaristes et 7 dessinateurs différents.
Le premier tome de cette série, « Sept Psychopathes » a été confiée au scénariste Vehlmann.
Ceux qui ont lu la chance de lire la série Green Manor ou, mieux encore, le fabuleux Des Lendemains sans nuages, connaissent l’habilité de Fabien Vehlmann à pondre des scénarios qui tournent autour du plus vieux péché de l’homme : l’orgueil. Avec un humour très vicieux, il n’a pas son pareil pour mettre en scène la soif de reconnaissance et l’appétit de pouvoir des humains, vices qui les mènent irrémédiablement à leur propre perte.
On retrouve évidemment ces éléments dans la trame de « Sept Psychopathes » qui relate les (més)aventures d’une clique de cinglés parachutés en Allemagne en 1941 pour zigouiller Hitler. Le récit retrace d'abord minutieusement le processus de recrutement des sept élus, avant de se lancer tête baissée dans le coeur de l'action. La mission, on l'aura deviné dès les premières cases, est évidemment vouée à un échec cuisant, quoi que... si l'hécatombe est bel et bien au rendez-vous, on comprend rapidement qu'on ne ressortira pas de ces 61 planches avec une fin cristalline. Comme à son habitude, Vehlmann parvient à tourner le lecteur en bourrique avant de le laisser sur le bas-côté. Son interprétation très personnelle de l'Histoire trahit une imagination mesquine, alors que l'auteur reconnaît lui-même nourrir une étrange fascination pour les esprits torturés.
Un mot pour conclure sur le coup de crayon de Sean Phillips que je ne connaissais pas jusqu'alors : il insuffle à cette histoire une noirceur, une profondeur et une dynamique que ne renieraient pas quelques super-héros des comics américains.
Quelques planches en vrac: