Quand la crise du disque a commencé il y a environ cinq ans, qui aurait parié le moindre sesterce sur la survie du label Ninja Tune, avec sa grosse quinzaine de sorties annuelles ? Moi, si j'avais eu un sesterce. Et d'autres passionnés du bel objet. Là où certains se demandent toujours pourquoi les chiffres ne remontent pas malgré la mise à la porte des groupes les moins vendeurs, Ninja Tune a développé la stratégie inverse : se concentrer sur la recherche du talent rare, proposer des albums de qualité et soigner le produit final. Pour appâter le connaisseur, on n'hésite plus à sortir des pièces exclusives en vinyle, un DVD assorti d'une paire de lunettes 3D du plus bel effet ou mieux, à liquider une partie des stocks à l'occasion de concours réguliers qui m'ont permis de recevoir quelques vinyles dédicacés que je montre fièrement au passant indifférent.
- T'as vu mon EP dédicacé par Sixtoo ? Dé-di-ca-cé par Six-too, j'te dis !
- Et mon cul, tu l'as vu ?
Connaissent rien à rien, ces passants...
Pour appuyer son approche, le label britannique sort de temps à autre une compile magistrale, sorte de catalogue de ce qui se fait de mieux dans la maison. Chez Ninja Tune, on a élevé la compile au rang d'objet incontournable, bourré d'inédits, de remixes, de faces B, de feat's et de beats. [ça, c'est pour montrer que je parle plusieurs langues] Ce You don't know s'inscrit donc dans la lignée de Xen Cuts, grosse machine de guerre sortie en 2000 et par laquelle j'avais découvert, ô suprise, que la musique électronique n'était pas que de la merde prémâchée pour se tuer sur une route mal éclairée le samedi soir et faire la Une de la gazette locale le lundi matin. En huit années, la formule n'a pas pris une ride : packaging impeccable, livret truffé d'infos sur chaque titre et surtout un triple CD qui part dans tous les sens. Si les poids lourds de la maison sont évidemment à l'affiche (Amon Tobin, Coldcut, The Herbaliser, The Cinematic Orchestra, Roots Manuva, Jaga, etc.), tout l'intérêt d'une telle compile est à chercher en deuxième ligne, chez ces diamants bruts dont le nom me semblait familier, mais auxquels j'associais une idée très approximative. Ghislain Poirier (remixé par Modeselektor en plage d'ouverture, quelle bombe!), Daedalus, The Heavy, Yppah, One Self, Loka, Pest, Ammoncontact sont autant de découvertes spectaculaires.
Par ailleurs, la comparaison avec la cuvée 2000 permet de mesurer le chemin parcouru depuis lors et surtout l'intelligente diversification des styles ici représentés. L'electro, le hip hop, l'acid jazz, la drum'n'bass sont toujours de la fête. Mais Ninja Tune, c'est désormais aussi du rock (Pop Levi), de la chanson (Fink), du blues (John Matthias).
C'est vrai que j'ai souvent défendu l'achat impulsif (la belle pochette, le nom de groupe marrant, le titre d'album biscornu). You don't know, c'est tout le contraire. C'est même l'achat le plus rationnel qu'on puisse faire ce mois-ci. Sur la liste des courses, il faut le placer entre le pain et le café. On n'aurait pas idée d'aller à un rendez-vous galant sans s'être brossé les dents. On n'aurait pas idée non plus d'aborder l'été 2008 sans avoir cette compile à portée de main.
... et pas ravioli. Voilà, comme ça, le jeu de mots à deux dollars est casé. J'aurais été profondément déçu de ne pas pouvoir le placer, celui-là. Mais il est doublement justifié.
Primo, une compilation (un sampler comme disent les Etatsuniens) des artistes présents à l'affiche du Rhâââ Lovely cette année est disponible ici.
Secundo, les organisateurs se sont prêtés au jeu de la compilation Cadavre Exquis à l'invitation de la Blogothèque. Rappel rapide du principe : une personne lance les hostilités en choisissant une chanson, ensuite chacun y répond en s'inspirant du morceau précédent. Le résultat, avec les petits textes accompagnant chaque titre, est à découvrir ici.
Et pour celles et ceux qui l'avaient loupée, la compilation Cadavre Exquis du label Matamore est toujours disponible ici.
Pour l'illustration visuelle, j'étais à court d'inspiration. C'est une recherche aléatoire sur Google Images qui m'a pondu cette merveille.
Earth, c'est un drôle de groupe. Pour la bio complète, je vous conseille d'avaler un peu de paracétamol et d'aller voir celle qui figure sur le site officiel. Pour résumer, et si j'ai bien retenu, on peut dire que Earth a vu le jour au début des années 90, a sorti ses premiers albums sur Sub Pop avant de voir ses membres se barrer les uns après les autres.
Pour ma part, je n'ai découvert ce groupe qu'avec Hex, disque qui marquait leur grand retour en 2005. Jusque là, je n’avais jamais entendu la moindre note de Earth. Et pour dire vrai, ce Hex m'avait laissé de marbre. Trop abstrait, trop carré, trop linéaire, cet album était entré par une oreille et sorti par l'autre, malgré tout le bien que les fans de longue date ont pu en écrire un peu partout sur les blogs spécialisés en drone, doom et autres musiques qui tournent au ralenti. De mon côté, je n’y avais entendu que des gammes religieusement répétées jusqu’à l’épuisement. J’ai dû passer à côté du concept comme disent les créatifs.
2008 voit la sortie d'un nouvel album auquel je n'aurais prêté aucune attention si je n'avais lu une chronique dithyrambique dans l'édition flamande de Rif Raf. Bonne intuition puisque, dès les premières notes de Bees, la perplexité que m'avait suscitée l'horrible pochette a été rapidement balayée par un sens de la composition nettement plus affirmé que sur Hex. En effet, contrairement à nombre de groupes de doom, Sunn O))) en tête, Earth ne blinde pas ses morceaux de basses vrombissantes ou d'une rythmique éléphantesque. Une batterie métronomique mais étrangement discrète, des riffs de guitare savamment dosés et quelques nappes de claviers impriment à cet album des allures de marche funèbre pour western. L’apparente légèreté des premières notes se dissipe rapidement pour dévoiler un paysage figé, en suspension quelque part entre ciel et enfer. Les sept morceaux, tous instrumentaux, se succèdent ainsi comme un éternel recommencement, un long conditionnement à un futur incertain, si futur il y a. Les premières écoutes sont d’ailleurs assez déstabilisantes : j’avais l’impression d’écouter sept longues introductions désossées, attendant impatiemment le roulement de batterie ou la pédale de disto qui allait enfin ouvrir les hostilités. Mais rien de tout cela chez Earth.
Si des groupes plus sauvages comme Sunn O))) ou Black Engine s’entêtent à recréer le chaos total sur leurs disques, Earth dépeint l’après chaos : un paysage où la gravité a disparu, où le temps s’est arrêté, où toute forme de vie a cessé. Les textures musicales de ce disque sont à mille lieues des références industrielles habituelles. Ici, il est plutôt question des vastes plaines arides de l’ouest américain, de soleil brûlant et de la caravane d’un croque mort aux rouflaquettes abondamment fournies. Ce dernier scrute d'un oeil jaune votre carcasse décharnée et se dit que les vautours attendront encore un peu pour le festin des rois.
Ayé : Jamie Lidell a levé le voile sur le premier single extrait de son nouvel album. S'il faudra encore attendre trois semaines avant de pouvoir acheter Little Bit Of Feel Good, le clip tourne déjà à plein régime sur YouTube, une vidéo complètement à l'ouest dans laquelle Jamie Lidell se tape... une licorne.
Pour fêter l'événement, le plus funky des Anglais lance son grand concours de remixes... sans vraiment préciser ce que gagnera le lauréat (une nuit avec son cheval ?) Pour participer, il suffit de télécharger la piste de voix ici, de bidouiller tout ça sur votre ordinateur de course ou sur le vieux Revox de papa, et de renvoyer le résultat à l'adresse jamielidell@warprecords.com avant le 1er avril. L'artiste espère que sa nouvelle coupe de cheveux pourra ouvrir les portes de l'inspiration.
C'est en écoutant You Don't Know, l'excellente nouvelle compile du label Ninja Tune (la chronique suivra bientôt), que j'ai découvert la chose : Pop Levi, le bassiste de Super Numeri, icône nostalgique du glam et du rock psyché, prépare un nouvel album. Ceux qui se sont procuré ladite compile en découvriront un extrait : Dita Dimone. Pour ceux qui ne l'ont pas encore achetée (mais si avez du goût, je suis certain que ça ne saurait tarder), le même morceau ainsi que deux inédits sont à écouter en avant première ici. Le nouveau disque s'intitulera Never Never Love mais aucune date de sortie officielle n'a encore été annoncée.
Vous n’avez peut-être rien remarqué, mais c’est un fait : je n’aime plus la Belgique. Je n’avais rien prémédité, la nouvelle m’est tombée dessus un dimanche matin, entre le jus d’orange et le café. A vrai dire, je crois que j’en ai un peu marre de la Belgique. C’est vrai, quand on y regarde de plus près, c’est quoi la Belgique ? Un climat pourri (9° toute l’année, comme la Chimay), des pics de pollution toutes les semaines, un gouvernement constamment soit en affaires courantes, soit en campagne électorale, une cuisine pas très raffinée et une équipe nationale de football qui fait rire du Kazakhstan à la Finlande.
A un moment, pourtant, on a cru que la Belgique, c’était un pays de marrants. Les blagues belges, c’est un truc qui faisait toujours sourire. Mouais… A y regarder de plus près, je n’en suis plus si sûr. L’Uruguay, le Monténégro, la Macédoine, la Mongolie, Andorre, la Micronésie, l’Ingouchie, le Zimbabwe, voilà des pays qui ont des noms rigolos. Mais la Belgique, franchement ? Même Coluche était nul quand il racontait des blagues sur les Belges. « Une frite, une fois », ça n’a rien d’amusant. C’est juste pathétique.
D’ailleurs, si on prenait le temps d’observer nos héros nationaux d’un peu plus près, on serait peut-être un peu moins fier. Eddy Merckx se dopait, Jacques Brel chantait trop fort, Sandra Kim tourne dans des pubs pour des fricadelles, Tia Hellebaut pour des pizzas, Justine Hénin pour des châssis (au moins, pendant ce temps-là, elle ferme sa g…), Dirk Frimout a le charisme de Bob l’éponge, Benoît Poelvoorde a chopé l’accent parisien, Adamo est trop petit, Louis Michel trop gros, Johnny Halliday trop riche, Jean-Claude Van Damme trop aware, les frères Dardenne trop laids. Reste Cécile de France. Cherchez l’intrus.
Et nos rois ? Léopold Ier n’était même pas belge. Léopold II était mégalo. Albert Ier ne tenait pas sur ses pattes. Léopold III était un poltron. Baudouin Ier était raide comme un pied de chaise. Albert II a trompé sa femme. Si au moins c’était avec un mannequin. Mais non, en Belgique, on fait tout à l’envers. Le Roi épouse une splendide princesse italienne (il faut revoir les images d’époque de Paola) et il la trompe avec la baronne Sybille de Selys Longchamps. Est-ce qu’il avait vraiment les yeux en face des trous ? Encore un Belge qui n’a rien compris.
D’ailleurs, si on s’en tient à l’Histoire, on voit que la Belgique a été tour à tour française, hollandaise, espagnole, autrichienne, presque allemande (mais les boches ont fait tintin). On les a chassés ? Moi je crois plutôt qu’ils sont tous repartis aussi vite qu’ils étaient arrivés. Trop compliqués à gérer, ces Belges…
Avant, je pouvais encore me consoler en dévorant une tablette de Côte d’Or noir intense 85% de cacao. Mais Côte d’Or n’est même plus belge depuis que la marque a été rachetée par Kraft, elle-même sous l’égide de Philip Morris. Bref, quand j’en suis à mon troisième carré de noir jaune roue intense, j’enrichis indirectement un empoisonneur américain. Mais merde quoi !
Non, la Belgique, c’est fini. J’en ai raz la casquette. Les Didier Reynders, les Jean-Michel Zecca, les Helmut Lotti, les Lara Fabian, les Amélie Nothomb, les Jean-Michel Saive, les Dirk Janssens (celui qui essaie de nous vendre du Cillit Bang pour remplacer notre dentifrice), les Tintin, les Spirou, les Schtrompfs, Bob et Bobette, je ne peux plus vous encadrer. Vous me faites gerber mon chocolat à la clope.
Alors, je cherche la solution.
Une Wallonie libre ? Je réécrirai le même texte dans deux semaines sur la Wallonie. Un rattachement aux Pays-Bas ? Je suis trop petit, j’ai les cheveux trop foncés, je n’aime pas le vélo et mon néerlandais n’est pas assezbon. Un rattachement au Luxembourg ? Ma femme n’aime pas les moustachus. Un rattachement à l’Allemagne ? Allez dire ça aux anciens. Un protectorat anglais ? Je me vois mal abandonner le système métrique ou conduire à gauche.
Bon, ben il ne nous reste plus que la France.
Alors, j’allume ma télé et je vois Alain Delon rendre hommage à Romy Schneider, je vois David Pujadas lire son prompteur, je vois Jean-Michel Aphatie analyser la politique à la façon de Thierry Roland. Puis, je vois un président qui a pété les plombs.
Finalement, la Belgique, c’est vrai que ce n’est pas terrible. Mais jusqu’à présent, je n’ai rien trouvé de mieux. Nous, les Belges, nous avons quand même une qualité que les autres n’ont pas : nous sommes nuls, mais nous le savons. Nous en cultivons même une certaine fierté, ce qui donne des pubs hilarantes.
Non non, rien à voir avec les soirées Disco. Attention aux homonymes. Boris, le plus rock'n'roll des groupes japonais, sortira le mois prochain son nouvel album sur le label Southern Lord. Smile sera leur premier album à part entière depuis Pink, sorti il y a deux ans. Entretemps, ils n'avaient pas chomé puisqu'ils avaient collaboré avec Merzbow pour un disque plus abstrait, et aussi et surtout avec Sunn o))) pour le tonitruant projet Altar.
La bonne nouvelle, c'est que le premier extrait de ce nouvel album a déjà fait l'objet d'une vidéo que voici. Le morceau est baptisé Statement et vient de sortir en 45 tours limité à 3000 exemplaires. Attention, ça déménage !