lundi 20 septembre 2010

Chrome Hoof - Crush Depth

Quand approcheront les fêtes de fin d’année, quand chaque rédaction y ira de son traditionnel top des meilleurs albums des 12 mois écoulés, entre deux pelletées de neige pour dégager l’entrée du garage, on jugera la qualité du canard musical à la place qu’y occupera le dernier album de Chrome Hoof. Car rien ne sert d’y aller par quatre chemins : ce Crush Depth est tout bonnement exceptionnel.

La première écoute s’avère pourtant un poil déstabilisante et laisse l’impression d’un album foutraque, sur lequel s’entassent influences rock, metal, disco, funk et electro. Mais une fois passé le cap de ce beau bordel, on découvre un univers dense, riche… et incroyablement barré. Chez Chrome Hoof, l’indéniable maîtrise technique sert avant tout de prétexte aux explorations des plus téméraires en terres inconnues. Et les associations d’idées pour le moins farfelues me traversent alors l’esprit : Grace Jones accompagnant Tool, les Village People qui signeraient la musique d’un Star Trek réalisé par David Lynch, Mötorhead reprenant les Bee Gees, Jaga Jazzist qui remixe Amanda Lear. J’en passe et des meilleures…

La musique de Chrome Hoof, c’est un peu tout ça à la fois et bien plus encore. Comme me le soufflait encore l’autre jour Jean-Luc Delarue : On dirait des reprises de King Crimson qui datent de 2025. Que dire alors des prestations scéniques de cette dizaine d’Anglais encapuchonnés dans leurs bures à paillettes ? Un vrai régal, tant pour les yeux que les oreilles. Je le dis et je le répète : ces gars-là ont tout pour me plaire. Et cet album mérite cent fois plutôt qu’une le titre de la galette la plus bouillante d'un été qui s'achève dans quelques heures.

Chaudement recommandé.

A regarder : une vidéo de lancement de l'album



A regarder : Vapourise - Vocal Mix (seule la version instrumentale est reprise sur l'album)


A regarder : Chrome Hoof live à Londres l'année dernière.


Les liens :
Sur MySpace
Commander l'album sur Southern Records


jeudi 12 août 2010

Letter From Belgium - LFB002

Chère maman,

La Belgique est un pays triste. Un pays gris. Plat et humide.

La Belgique est une terre déprimante. Une terre sale. Moite et glissante.

Les Belges sont mous. Un peu lents aussi. Pas très souriants. Ils tirent toujours la gueule. Parfois, quand même, ils rient un peu. Quand ils rient de leurs malheurs.

Ici, l’air est poussiéreux. Les oiseaux ne chantent pas, ils sanglotent, s’étranglent. De toute manière, on ne les entendrait pas. Ici, les avions volent trop bas. Tout ce que j’y vois est en noir et blanc, et souvent même un peu flou. Ici, la couleur n’existe plus.

Tout se perd derrière un voile de brume. Tout s’efface au fond d’un verre de bière. Tout se dilue dans une odeur de marée pas très fraîche. L’hiver n’est pas froid, l’été n’est pas chaud. Au mieux, c’est un pays tiède. Tiède en permanence.

En Belgique, rien n’est sérieux, mais rien n’est vraiment drôle non plus. C’est juste un peu moche, à la limite du pathétique. Presque risible.

En fait, je ne comprends rien. Et je m’emmerde.

Viens me chercher.

Alan

Si on prenait la musique de Letter From Belgium au pied de la lettre (jo-li !), voilà à quoi pourrait ressembler la missive. Un pli rédigé du bout de la plume d’Alan Healy, ou plutôt de son clavier, lui qui, comme son nom ne l’indique pas, sévit retranché quelque part au fond de l’Irlande. Ses albums, il les met en téléchargement gratuit sur le net : des compilations de longues plages atmosphériques, de violentes collisions d’ambiances désolées et des collages délavés qui, mis ensemble, constituent des pièces à écouter de toute urgence.

LFB002 est le deuxième album d’Alan Healy, aka Letter From Belgium. S’il faut absolument y coller une étiquette, on parlera d’ambient dépressif. Et s’il faut absolument établir une comparaison avec un autre artiste, alors on citera The Album Leaf.

Les liens :

http://letterfrombelgium.blogspot.com/

http://www.myspace.com/letterfrombelgium

dimanche 8 août 2010

En attendant le nouvel album d'Amon Tobin

Un morceau présenté dans le numéro spécial du magazine Trax, consacré entièrement au 20e anniversaire de Ninja Tune. Ce titre pourrait préfigurer l'orientation tribale d'un nouvel album qui pourrait sortir avant la fin de l'année.

J'irai vérifier tout ça lors de la soirée anniversaire qui se tiendra à l'AB le 30 septembre. Déjà envie d'y être, moi...

A écouter : Eight Sum




Les liens : 
Le site officiel
Sur MySpace
Le site de Ninja Tune
Ninja Tune sur MySpace
Trax

vendredi 30 juillet 2010

Aucan - DNA EP


C’est ce qu’on pourrait appeler un ballon d’essai. En 2008, les Italiens d’Aucan sortaient un premier album éponyme brillant, mêlant guitares tranchantes et électronique discrète. La mixture faisait l’effet de mets exquis et tenait la dragée haute à Battles, autre prétendant au titre de porte-drapeau d’un math-rock aux accents de Game Boy. A en croire les avis des quelques chanceux qui avaient pu voir nos amis transalpins sur scène, les deux groupes joueraient toutefois dans deux catégories bien distinctes. D’un côté, Aucan décape les murs avec des sets sauvages qui dépassent largement les taux des décibels humainement acceptables. De l’autre, Battles se contente de prestations léchées, techniquement irréprochables mais fondamentalement aussi chiantes que la traversée de l’E 411 dans une Xantia sans autoradio. 

Il y a quelques mois, Aucan frappait une nouvelle fois avec un EP de 5 morceaux au titre ambitieux : DNA. Faut-il en déduire que ce disque renferme le code génétique des compositions et influences du combo italien ? C’est bien possible, parce qu’avec ce mini-album, Aucan ratisse large et propose 5 chansons aux accents divers et variés. On passe d’un rock incisif à une électro agressive (ils revendiquent d'ailleurs l’étiquette de dubstep !), on a même droit à un morceau chanté qui se veut planant (mais qui ne vole pas très haut, il faut bien l’avouer) et le final se décompose comme un interminable bourdonnement dans la grande tradition du drone le plus obscur. 

Au moment de régler l'addition, on reste donc sur l'impression d'un menu 5 services de haute tenue, emmené par deux hors-d'oeuvre de gros calibre (Rooko et Crisis), même si le plate de résistance (DNA, chanté sans grande conviction) s'avère quelque peu amer. Difficile toutefois de réprimer un rot salvateur au terme d'un pousse-café solidement corsé.

A noter pour les curieux que Aucan vient également de sortir un 45 tours en split avec Talking Dead, qui propose une version remixée de Crisis, destinée paraît-il aux DJ. 

A regarder : Crisis

Le lien :

lundi 12 juillet 2010

Indian Jewelry - Totaled

Vouloir ressusciter le rock psychédélique à coups de synthés fumants est décidément une activité très à la mode. Au milieu de ce peloton aux yeux mi-clos, on reconnaît aisément ceux qui se dopent en se contentant de fumer la moquette. Et parmi les échappés, on distingue les autres, ceux pour qui le petit déjeuner ne s’arrête pas chez Tonton Tapis et qui préfèrent oser  le menu trois services : on fume la moquette en entrée, on sniffe la colle à tapisser en plat de résistance et, en guise de dessert, on avale un bout de ce plancher encore tout mérulé.

Indian Jewelry appartient indubitablement à cette deuxième catégorie, celle qui fera la course en tête. Ce n’est plus un voile de fumée qui plane sur leur musique, c’est carrément un brouillard radioactif aussi opaque que les muqueuses rectales d’un taureau par une nuit sans lune. Cette brume est tellement épaisse qu’on dissocie difficilement les voix de la batterie, les guitares des claviers. Psychogènes obligent, cet album donne la furieuse impression de tourner au ralenti, malgré le recours massif aux machines en tous genres, pourtant censées tenir la baraque au moins au niveau du rythme.

Cette bande d’allumés accouche donc d’un album qui flotte quelque part entre ici et là-bas, une bouillie aux pupilles dilatées, difficilement palpable, noyée sous des hectolitres d’artifices. Et pourtant, je dois reconnaître que ça fait mouche. Oceans, la plage d’ouverture se révèle d’une redoutable efficacité ; Excessive Moonlight peut se vanter d’une des lignes de basse les plus entêtantes de ce début de siècle et Never Been Better apporte cette petite montée d’adrénaline qui permet de sortir de la torpeur anxiolytique qui s’installe lentement mais sûrement.

Quant à ceux qui sont totalement hermétiques à ce genre de musique, l’écoute de ce disque leur sera un supplice interminable.

A regarder :  Lapis Lazuli

samedi 3 juillet 2010

La Bamba triste : l'oxymore selon Pierre Billon

Oxymore n. m.

Figure de style qui consiste à placer l'un à côté de l'autre deux mots opposés (voir antonymes). On trouve des cas célèbres d'emploi de ce procédé :

« Cette obscure clarté » (Corneille, Le Cid ), un silence éloquent, un mort-vivant etc.

Ce procédé crée un paradoxe, une image surprenante. Il s'agit d'ailleurs le plus souvent d'une métaphore. On l'appelle aussi parfois « alliance de mots » ou oxymoron.

Il ne doit pas être confondu avec l'antithèse.

L'un des plus beaux oxymores de l'histoire reste assurément La Bamba triste de Pierre Billon.

A regarder : l'original



A regarder : l'explication



A regarder : la version unplugged, 26 ans plus tard.



Source : www.labambatriste.com