Quand on écrit de la musique pour des "films imaginaires", on est à cent lieues de s'imaginer que celle-ci pourrait coller pile poil sur une scène prise au hasard. Encore moins s'il s'agit d'une série Z de Bollywood, avec cascades, moustaches et biceps à la en veux-tu en voilà.
En procrastinant sur Youtube, je tombe donc sur une scène apparemment culte tirée de Singham, sorte de super flic nourri au poulet tandoori. Je constate qu'à quelques secondes près, le timing correspond tip top à celui d'un de nos morceaux issus de notre album Thrust / Parry. Je remets la vidéo en coupant le son et en jouant le titre en question en fond sonore. Bingo...
Une après-midi plus tard, passée dans les locaux de Navalorama Records à disséquer l'un ou l'autre plan pour bien caler l'image et la bande sonore, l'affaire était dans le sac.
Quand je serai plus grand, je veux devenir compositeur de musiques de films d'actions avec des moustaches et des mecs qui pourchassent des Jeep avec un réverbère sous le bras.
Le résultat:
La vidéo originale (avec une bande son nettement plus couillue):
Humeurs tirées de mon carnet de route de faiseur de bruit au sein des groupes Des Yeux et Veda.
Affichage des articles dont le libellé est Navalorama Records. Afficher tous les articles
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mardi 31 mars 2015
lundi 29 septembre 2014
Lettre ouverte à Didier Zacharie: le rock’n’roll, c’est par ici.
Cher Didier Zacharie,
Ce dimanche 28 septembre, dans un article publié sur le site du journal Le Soir, vous vous demandez où est passé le rock’n’roll. Vous partez de la reformation des Libertines (dont l’article n’omet pas de citer le prochain concert en Belgique, avec lien ad hoc vers le site de l’organisateur Live Nation pour réserver son précieux sésame) pour constater que la bande à Pete Dohery serait:
« Le dernier groupe ayant porté haut le flambeau sex, drugs & rock’n’roll (qui) ressuscite au moment où « le rock est au plus bas », selon la petite phrase du producteur pop Greg Kurstin (Beyoncé, Lilly Allen, Lana Del Rey). »
Vous dressez alors la liste des groupes qui, à vos yeux, ont à un moment ou un autre incarné ce sacro-saint rock depuis le début du millénaire, de Coldplay à Franz Ferdinand en passant par le gang des groupes en « The ». Votre article se conclut sur ce constat implacable:
« Le rock, par contre… Retombé dans l’anonymat, surclassé dans les charts par le rap et l’électro, de moins en moins capable de remplir de grandes salles, devenu inoffensif au point d’être moqué par un Kanye West qui s’est autoproclamé « plus grande rock star actuelle »... Exactement comme en 2000. « Je suis dans l’attente d’un retour du rock, de quelque chose de brut et pertinent, explique encore notre producteur du monde pop, Greg Kurstin. Tout est tellement pop en ce moment que j’attends un truc qui en soit le complet opposé. Quelque chose de brut, peut-être un groupe à guitares ». Le retour des Libertines donnera-t-il des idées ? Sera-t-il l’étincelle qui fera à nouveau exploser le rock ? »
Pour prétendre que le rock est mort, je suppose que vous n'avez jamais assisté à un concert de Gnod, Djevara, Hey Colossus, Perhaps ou, plus près de chez nous, Sunken, Swingers, Raketkanon, Castles, Khohd, Deuil ou Coubiac.
Puisque vous semblez ignorer où est passé le rock, je vais donc vous aider à retrouver votre chemin. Le parcours n’est pourtant pas semé d’embuches, il suffit d’ouvrir les oreilles et d’oser chercher ses sources ailleurs que dans le triumvirat Pure FM – Werchter – Les Inrocks. Car oui, le rock est toujours vivant, plus que jamais. Il sévit encore et toujours au coin de la rue, là où les journalistes « rock » aveuglés par le dernier album de Daft Punk n’osent plus traîner.
Le rock n’est pas mort.
Il est juste fauché, comme il l’a toujours été.
Le rock s’écoute dans des bars et des salles de concert qui ne vous ajouteront pas sur la guest-list, soit parce que l’entrée est gratuite, soit parce que le groupe qui joue finance lui-même son concert. Mais essayez et vous verrez : lâcher un billet de 5 euros pour en prendre plein les oreilles fait souvent un bien fou.
Le rock s’écoute sur des plateformes d’échange et de découverte en ligne. C’est sans doute moins traditionnel que les CD promo dont les majors inondent votre boîte aux lettres, mais tellement plus nourrissant pour l’esprit. Eh oui, le rock est fauché, il n’a donc pas les moyens d’arroser les journalistes d’envois promotionnels.
Le rock se lit sur des webzines et blogs indépendants, alimentés par des bénévoles passionnés qui osent sacrifier plusieurs soirées par semaine pour aller voir des concerts de sombres inconnus qui rameutent 10 personnes et en ramener de superbes photos et des interviews au vitriol.
Le rock s’écoute sur des labels et netlabels, belges notamment, qui pullulent sur la toile, et accouchent chaque jour d’excellentes sorties numériques et physiques.
Vous en doutez ?
Voici quelques pistes qui vous aideront à retrouver la trace du rock’n’roll.
Depuis le mois d’août et jusqu’à la fin de l’année, le Magasin 4 à Bruxelles fête ses 20 ans avec une programmation qui ferait pâlir le plus ambitieux des festivals. Passez leur faire un petit coucou et vous verrez que le rock a encore de beaux jours devant lui.
Le 18 octobre, l’hyperactif netlabel belge GodHatesGodRecords organisera à La Zone à Liège une soirée entière de performances live des meilleurs représentants de son catalogue. Dans l’indifférence médiatique la plus totale (ou presque), ce netlabel parti de rien a publié en une petite année d’existence pas moins de 100 albums, EP et compilations, tous proposés en téléchargement libre, mêlant rock, noise, electro, ambient et shoegaze.
Les 24 et 25 octobre, le collectif bruxellois Hexagen soufflera ses cinq bougies avec un festival qui gravitera autour du Beursschouwburg et du Magasin 4. Parmi les groupes à l’affiche, vous n’aurez aucune peine à trouver ce rock qui semble tant vous manquer.
On continue ? Parlons un peu des labels belges, si vous le permettez.
En un an d’existence, le label bruxellois Navalorama Records en est déjà à 7 sorties physiques, sur CD et sur vinyle, et accumule les chroniques élogieuses, qu’il s’agisse d’artistes belges (Yadayn, Marteleur, In Heaven) ou internationaux (Ice Dragon, Samuel Jackson Five et d’autres dont les projets sont plus qu’avancés). L’état des stocks montre que le vrai rock ne s’est jamais aussi bien porté.
Du côté de Namur, Hyphen Records, un autre label indépendant qui publie des sorties physiques notamment en partenariat avec GodHatesGodRecords, fait aussi parler de lui… mais surtout à l’étranger. Au point d’avoir l’honneur d’occuper toute une scène pour une journée entière au prochain Blackpool Music Festival, le 11 octobre prochain en Angleterre.
Et la liste est encore longue : Black Basset Records, Antée Records (qui se concentre uniquement sur le vinyle et sortira bientôt également des cassettes), Mandai Distribution, etc. Nous sommes nombreux à fabriquer avec nos petites mains des disques de rock, de vrai rock, sans en tirer le moindre profit ni la moindre couverture médiatique à grande échelle. Le Magasin 4 accueillera d’ailleurs plus de 40 labels et distributeurs pour une journée portes ouvertes ce dimanche 5 octobre, de quoi garnir vos étagères à vinyles d’artistes rock bien vivants.
Continuons avec ceux qui font la promotion du rock chez nous : le webzine Shoot Me Again, Radio Campus, Radio Panik, Radio Alma, les émissions de Kool Strings et The Music Lounge, RUN à Namur, les postcasts de Radio Kinky Star à Gand, les reportages photo de Séverine Bailleux, etc.
La liste est interminable.
Vous voyez, Monsieur, si vous cherchez où est passé le rock, il suffit de demander. A lire votre article, j’ai l’impression que vous cherchez surtout où est passée l’industrie du rock. A cette question, malheureusement, je n’ai pas de réponse. Voyez-vous, notre passion, c’est de jouer de la musique et de la partager avec un maximum de personnes, que ce soit via nos disques, nos albums en téléchargement libre ou nos concerts organisés avec quelques bouts de ficelle.
L’industrie du rock, tout ce qu’elle recherche, c’est vendre.
Et vendre, nous, on s’en fout un peu.
Vous vous demandez pourquoi aucun groupe "rock" n'a percé dans les charts récemment? Demandez-vous plutôt pourquoi vous, en tant que journaliste, vous n'avez pas été capable d'en faire connaître de nouveaux auprès du grand public.
J’espère en tout cas vous avoir aidé à retrouver votre chemin. Je terminerai cette carte blanche par une invitation : notre nouvel album est sorti en septembre et pour célébrer l’événement, nous organisons une release party ce jeudi 2 octobre, au Fulmar 1913, à Bruxelles. Je sais que les journalistes « rock » n’ont pas pour habitude de payer leurs billets de concert, dès lors je mettrai personnellement 5 euros dans la caisse pour vous permettre d’y entrer gratuitement, même si aucune guest list « presse » n’est prévue. Je serai d’ailleurs ravi de vous offrir un CD, une bonne bière et une paire de boules Quiès pour vous éviter les acouphènes le lendemain. Vous voulez du « sex, drugs and rock’n’roll » ? Vous ne serez pas déçu. Nous serons tous en transe, nous jouerons plus fort que jamais et vous verrez que nos compagnes sont sacrément plus sexy que Kate Moss ! La soirée commencera avec les Fabulous Progerians. Si après cette mise en bouche, vous n’êtes toujours pas convaincu de l'état de santé de notre bon vieux rock, nous en remettrons une seconde couche en deuxième partie de soirée, en mode matraquage de tympans. Les DJ sets se termineront au petit matin. Et nous en reparlerons ensuite, si nos oreilles sont encore en état de capter quoi que ce soit. Pensez peut-être à prendre congé le lendemain. Les soirées de vrai rock se terminent rarement avant le passage du dernier tram.
Mais comme nous n’avons nullement la prétention de représenter qui ou quoi que ce soit, je vous invite surtout à laisser traîner vos trompes d’Eustache à l’un des événements mentionnés plus haut, à vous intéresser à ces quelques labels et à tous les autres que je n’ai pas pu mentionner. Il y en a tellement. Et ce sera avec plaisir que je lirai prochainement dans vos colonnes un article intitulé « Le rock a eu la peau de l’industrie musicale. Qui s'en plaindra ? »
Amitiés,
AL / OMSQ
PS : Contrairement à l'article du Soir qui a amené cette réaction, l'accès à notre musique est entièrement gratuit. Profitez-en : http://omsq.bandcamp.com
Ce dimanche 28 septembre, dans un article publié sur le site du journal Le Soir, vous vous demandez où est passé le rock’n’roll. Vous partez de la reformation des Libertines (dont l’article n’omet pas de citer le prochain concert en Belgique, avec lien ad hoc vers le site de l’organisateur Live Nation pour réserver son précieux sésame) pour constater que la bande à Pete Dohery serait:
« Le dernier groupe ayant porté haut le flambeau sex, drugs & rock’n’roll (qui) ressuscite au moment où « le rock est au plus bas », selon la petite phrase du producteur pop Greg Kurstin (Beyoncé, Lilly Allen, Lana Del Rey). »
« Le rock, par contre… Retombé dans l’anonymat, surclassé dans les charts par le rap et l’électro, de moins en moins capable de remplir de grandes salles, devenu inoffensif au point d’être moqué par un Kanye West qui s’est autoproclamé « plus grande rock star actuelle »... Exactement comme en 2000. « Je suis dans l’attente d’un retour du rock, de quelque chose de brut et pertinent, explique encore notre producteur du monde pop, Greg Kurstin. Tout est tellement pop en ce moment que j’attends un truc qui en soit le complet opposé. Quelque chose de brut, peut-être un groupe à guitares ». Le retour des Libertines donnera-t-il des idées ? Sera-t-il l’étincelle qui fera à nouveau exploser le rock ? »
Pour prétendre que le rock est mort, je suppose que vous n'avez jamais assisté à un concert de Gnod, Djevara, Hey Colossus, Perhaps ou, plus près de chez nous, Sunken, Swingers, Raketkanon, Castles, Khohd, Deuil ou Coubiac.
Puisque vous semblez ignorer où est passé le rock, je vais donc vous aider à retrouver votre chemin. Le parcours n’est pourtant pas semé d’embuches, il suffit d’ouvrir les oreilles et d’oser chercher ses sources ailleurs que dans le triumvirat Pure FM – Werchter – Les Inrocks. Car oui, le rock est toujours vivant, plus que jamais. Il sévit encore et toujours au coin de la rue, là où les journalistes « rock » aveuglés par le dernier album de Daft Punk n’osent plus traîner.
Le rock n’est pas mort.
Il est juste fauché, comme il l’a toujours été.
Le rock s’écoute dans des bars et des salles de concert qui ne vous ajouteront pas sur la guest-list, soit parce que l’entrée est gratuite, soit parce que le groupe qui joue finance lui-même son concert. Mais essayez et vous verrez : lâcher un billet de 5 euros pour en prendre plein les oreilles fait souvent un bien fou.
Le rock s’écoute sur des plateformes d’échange et de découverte en ligne. C’est sans doute moins traditionnel que les CD promo dont les majors inondent votre boîte aux lettres, mais tellement plus nourrissant pour l’esprit. Eh oui, le rock est fauché, il n’a donc pas les moyens d’arroser les journalistes d’envois promotionnels.
Le rock se lit sur des webzines et blogs indépendants, alimentés par des bénévoles passionnés qui osent sacrifier plusieurs soirées par semaine pour aller voir des concerts de sombres inconnus qui rameutent 10 personnes et en ramener de superbes photos et des interviews au vitriol.
Le rock s’écoute sur des labels et netlabels, belges notamment, qui pullulent sur la toile, et accouchent chaque jour d’excellentes sorties numériques et physiques.
Vous en doutez ?
Voici quelques pistes qui vous aideront à retrouver la trace du rock’n’roll.
Depuis le mois d’août et jusqu’à la fin de l’année, le Magasin 4 à Bruxelles fête ses 20 ans avec une programmation qui ferait pâlir le plus ambitieux des festivals. Passez leur faire un petit coucou et vous verrez que le rock a encore de beaux jours devant lui.
Le 18 octobre, l’hyperactif netlabel belge GodHatesGodRecords organisera à La Zone à Liège une soirée entière de performances live des meilleurs représentants de son catalogue. Dans l’indifférence médiatique la plus totale (ou presque), ce netlabel parti de rien a publié en une petite année d’existence pas moins de 100 albums, EP et compilations, tous proposés en téléchargement libre, mêlant rock, noise, electro, ambient et shoegaze.
Les 24 et 25 octobre, le collectif bruxellois Hexagen soufflera ses cinq bougies avec un festival qui gravitera autour du Beursschouwburg et du Magasin 4. Parmi les groupes à l’affiche, vous n’aurez aucune peine à trouver ce rock qui semble tant vous manquer.
On continue ? Parlons un peu des labels belges, si vous le permettez.
En un an d’existence, le label bruxellois Navalorama Records en est déjà à 7 sorties physiques, sur CD et sur vinyle, et accumule les chroniques élogieuses, qu’il s’agisse d’artistes belges (Yadayn, Marteleur, In Heaven) ou internationaux (Ice Dragon, Samuel Jackson Five et d’autres dont les projets sont plus qu’avancés). L’état des stocks montre que le vrai rock ne s’est jamais aussi bien porté.
Du côté de Namur, Hyphen Records, un autre label indépendant qui publie des sorties physiques notamment en partenariat avec GodHatesGodRecords, fait aussi parler de lui… mais surtout à l’étranger. Au point d’avoir l’honneur d’occuper toute une scène pour une journée entière au prochain Blackpool Music Festival, le 11 octobre prochain en Angleterre.
Et la liste est encore longue : Black Basset Records, Antée Records (qui se concentre uniquement sur le vinyle et sortira bientôt également des cassettes), Mandai Distribution, etc. Nous sommes nombreux à fabriquer avec nos petites mains des disques de rock, de vrai rock, sans en tirer le moindre profit ni la moindre couverture médiatique à grande échelle. Le Magasin 4 accueillera d’ailleurs plus de 40 labels et distributeurs pour une journée portes ouvertes ce dimanche 5 octobre, de quoi garnir vos étagères à vinyles d’artistes rock bien vivants.
Continuons avec ceux qui font la promotion du rock chez nous : le webzine Shoot Me Again, Radio Campus, Radio Panik, Radio Alma, les émissions de Kool Strings et The Music Lounge, RUN à Namur, les postcasts de Radio Kinky Star à Gand, les reportages photo de Séverine Bailleux, etc.
La liste est interminable.
Vous voyez, Monsieur, si vous cherchez où est passé le rock, il suffit de demander. A lire votre article, j’ai l’impression que vous cherchez surtout où est passée l’industrie du rock. A cette question, malheureusement, je n’ai pas de réponse. Voyez-vous, notre passion, c’est de jouer de la musique et de la partager avec un maximum de personnes, que ce soit via nos disques, nos albums en téléchargement libre ou nos concerts organisés avec quelques bouts de ficelle.
L’industrie du rock, tout ce qu’elle recherche, c’est vendre.
Et vendre, nous, on s’en fout un peu.
Vous vous demandez pourquoi aucun groupe "rock" n'a percé dans les charts récemment? Demandez-vous plutôt pourquoi vous, en tant que journaliste, vous n'avez pas été capable d'en faire connaître de nouveaux auprès du grand public.
J’espère en tout cas vous avoir aidé à retrouver votre chemin. Je terminerai cette carte blanche par une invitation : notre nouvel album est sorti en septembre et pour célébrer l’événement, nous organisons une release party ce jeudi 2 octobre, au Fulmar 1913, à Bruxelles. Je sais que les journalistes « rock » n’ont pas pour habitude de payer leurs billets de concert, dès lors je mettrai personnellement 5 euros dans la caisse pour vous permettre d’y entrer gratuitement, même si aucune guest list « presse » n’est prévue. Je serai d’ailleurs ravi de vous offrir un CD, une bonne bière et une paire de boules Quiès pour vous éviter les acouphènes le lendemain. Vous voulez du « sex, drugs and rock’n’roll » ? Vous ne serez pas déçu. Nous serons tous en transe, nous jouerons plus fort que jamais et vous verrez que nos compagnes sont sacrément plus sexy que Kate Moss ! La soirée commencera avec les Fabulous Progerians. Si après cette mise en bouche, vous n’êtes toujours pas convaincu de l'état de santé de notre bon vieux rock, nous en remettrons une seconde couche en deuxième partie de soirée, en mode matraquage de tympans. Les DJ sets se termineront au petit matin. Et nous en reparlerons ensuite, si nos oreilles sont encore en état de capter quoi que ce soit. Pensez peut-être à prendre congé le lendemain. Les soirées de vrai rock se terminent rarement avant le passage du dernier tram.
Mais comme nous n’avons nullement la prétention de représenter qui ou quoi que ce soit, je vous invite surtout à laisser traîner vos trompes d’Eustache à l’un des événements mentionnés plus haut, à vous intéresser à ces quelques labels et à tous les autres que je n’ai pas pu mentionner. Il y en a tellement. Et ce sera avec plaisir que je lirai prochainement dans vos colonnes un article intitulé « Le rock a eu la peau de l’industrie musicale. Qui s'en plaindra ? »
Amitiés,
AL / OMSQ
PS : Contrairement à l'article du Soir qui a amené cette réaction, l'accès à notre musique est entièrement gratuit. Profitez-en : http://omsq.bandcamp.com
mercredi 4 décembre 2013
Marteleur - My Anvil is my Tuning Fork
Autant jouer franc jeu : à la base, je ne suis vraiment pas fan des albums construits autour de loops, cette technique qui consiste à enregistrer des parties de guitare et à les superposer pour en sortir une mélodie. Pourquoi je ne suis pas fan ? D'une part, parce que les rares fois où j'ai assisté à ce genre de prestation scénique (Lichens, Phosphorescent, etc.), je me suis profondément emmerdé. De l'autre, parce que je possède moi-même un looper et que j'ai rapidement pu constater qu'il est très simple de laisser la machine faire le boulot à votre place et donner ainsi l'impression aux novices d'être des virtuoses.
Deuxième aveu avant d'aller plus loin : Marteleur est un pote. Et son disque est une des premières publications de Navalorama Records, label fondé par un autre pote. Voilà qui situe l'ampleur du malaise lorsqu'il me file un exemplaire à la fin de l'été. Ne pas le chroniquer serait d'une goujaterie incommensurable. Et l'encenser sans y croire serait une trahison crasse de mes propres principes.
A moitié motivé, je glisse donc la plaque sur le tourne-disque pour une première écoute distraite qui me conforte dans mes convictions : cette musique n'est peut-être pas faite pour moi. Pour en avoir le coeur net, je m'impose alors une deuxième écoute, au casque cette fois, au cours d'une des nombreuses balades pédestres qui font office de sas de décompression pour mon esprit souvent embouteillé. Et là, surprise : derrière ces boucles où s'entrecroisent la basse et la guitare baryton, il y a autre chose que l'algorithme d'une machine qui se contente d'empiler bêtement les riffs. La recherche mélodique est évidente et dépasse largement l'écueil habituel de ce genre de compositions qui se limitent trop souvent à "Ecoutez, je connais mes gammes."
Toujours en train d'avaler les trottoirs, le casque solidement vissé sur mes feuilles de chou, je déguste donc ces 9 morceaux plutôt courts (on oscille en moyenne autour des 4 minutes, avec des pointes qui dépassent de justesse les 7 minutes) qui commencent à susciter un peu plus que de la curiosité. Lorsque résonnent les premières notes de la cinquième chanson "Where Everybody is Happy by Default", je sens que mes jambes passent en pilote automatique car la tête n'y est plus. Elle s'est paumée ailleurs, quelque part entre deux splendides arpèges. Si l'objectif de la marche était l'évasion, le choix de la bande son frôle la perfection. Impression largement confirmée par le morceau suivant, ironiquement baptisé "If God Dropped Acid, Would He See People?"et qui s'ouvre sur un climat beaucoup plus sombre et tendu, avant de relâcher la pression sur un nouvel arpège que n'aurait pas renié Joe Haege de 31knots.
Merde, je commence à mordre à l'hameçon.
Pan, le morceau suivant en remet une pelletée. Au départ d'une suite d'accords a priori anodins, je me retrouve projeté dans un climax d'harmonies qui frappe beaucoup plus rapidement que prévu. Pourquoi s'étaler pendant des siècles si on peut reproduire le même effet en jouant la carte de l'immédiateté ? Je vous le demande. A peine installé, le frisson retombe aussi vite qu'il est apparu pour se diluer dans une descente finale qui laisse à bout de souffle après à peine... 3 minutes et 30 secondes. Là où Mogwai aurait étiré les trois premières notes sur un bon quart d'heure cher payé, Marteleur décide de prendre le mouvement à contre-pied. Les compositions post-rock ont trop souvent misé sur l'indigestion, voire l'overdose.
- Tu aimes ce pinard ? On va t'en mettre dix caisses de douze bouteilles alors. Amène ta bagnole, ouvre le coffre et rabaisse la banquette arrière, je vais chercher le transpalettes.
Avec Marteleur, c'est l'effet inverse.
- Tu aimes ce pinard ? C'est con, c'était ma dernière bouteille.
Je reste persuadé qu'on savoure mieux en dosant les plaisirs, plutôt qu'en s'anesthésiant le palais - tout en se disloquant le coude. Je crois fermement qu'on en profite plus si on laisse les sens faire eux-mêmes le travail. J'ai connu des rhums qui dansaient sur la langue pendant encore deux bonnes heures après avoir vidé la dernière goutte du premier verre. Sensation impossible à reproduire si on siffle la moitié de la bouteille. Pour le dire autrement, au lieu de miser sur la surenchère, Marteleur préfère tabler sur la privation et la frustration. A l'auditeur de reconstruire son propre tableau sur la base des éléments fournis dans l'album. Le plaisir lié à la musique est intimement lié à la mémoire, paraît-il. Ce que font trop souvent les artistes qui jouent sur les loops, et a fortiori 99,99% de la scène post-rock, c'est de mettre en veille la mémoire de l'auditeur en répétant les mêmes phrases encore et encore. Le cerveau n'a alors plus aucun travail à fournir : il emmagasine bêtement l'information, passif. Or, comme le travail de mémorisation est central dans le plaisir que procure la musique, il faut justement savoir se montrer parcimonieux et ne pas en donner trop à l'auditeur. Car c'est précisément la stimulation des sens qui peut être jouissive à l'écoute d'une riche mélodie. Un bon exemple, c'est la chanson Captain Midnight de Tomahawk (même si ça n'a rien à voir avec le post-rock, mais c'est le premier titre qui me vient à l'esprit) :
Le refrain est imparable, il trotte dans la tête, il est chantant, il est juste parfait... mais tu ne l'entendras qu'une fois, parce qu'après le deuxième couplet, il ne reviendra plus. Alors que le morceau prépare l'avènement d'un deuxième refrain, il s'arrête brusquement. Privation, parcimonie, frustration. Effet 100% garanti.
Avec ce deuxième album de Marteleur, on retrouve les mêmes sensations : l'envie de réécouter pour s'assurer qu'on a bien compris... alors qu'il n'y a rien à comprendre. Juste se construire sa propre histoire et laisser la mémoire faire son travail.
Je suis donc forcé de revoir mon jugement sur les compositions basées sur des boucles. Voilà qui fait mes affaires puisque ça m'évite de tomber dans l'hypocrisie. Je n'écrirais pas que l'album de Marteleur est un grand disque si je n'en étais pas moi-même intimement persuadé, mais c'est un fait :
L'ALBUM DE MARTELEUR EST UN GRAND DISQUE
A prendre avec patience.
A écouter dans des circonstances variées pour lui trouver celle qui lui convient le mieux.
A se repasser tantôt distraitement, tantôt avec plus d'attention.
Signe qui ne trompe pas : les dates de concert s'enchaînent, preuve que la formule passe également sur scène. Ce n'est pourtant pas gagné d'avance quand on joue une musique aussi contemplative. Petit détail qui fait la différence : quand on joue du looper, il arrive que le climat prenne quelques secondes pour s'installer. Normal quoi... Sur scène, pendant ces brefs instants de flottement, j'ai vu des tas de fumistes faire semblant de jouer pour ne pas devoir assumer leur soudaine inutilité sur scène, alors que la machine prenait le relai sur quelques mesures.
Marteleur n'échappe pas à la règle. Mais, lui, il s'en fout. Quand c'est au tour de la machine de faire son travail, il pose sa gratte et il boit une bière. Respect.
Dernier détail : je t'ai dit que l'album était disponible en vinyle et en écoute intégrale sur le Bandcamp? Voilà, c'est fait. D'ailleurs, tu ferais bien de t'intéresser au vinyle. Tu as vu cet artwork de fou?
Les liens :
Marteleur sur Bandcamp.
Marteleur sur Facebook.
Marteleur sur YouTube.
Marteleur sur Navalorama Records.
Commander le disque chez Mandaï.
vendredi 16 août 2013
Ice Dragon - Born a Heavy Morning
Bonne nouvelle pour la rentrée : mon pote Crunch lance son propre label indépendant, Navalorama Records. Deux sorties sont déjà à signaler dès septembre : le deuxième album de Marteleur, le side-project du bassiste de Mute et le (on ne les compte plus) nouvel album de Ice Dragon, figure emblématique du doom psychédélique en provenance de Boston.
Connaissant l'ami Crunch, on peut déjà parier sur une sélection rigoureuse d'artistes un peu écorchés, underground juste comme il faut, et un artwork particulièrement soigné.
L'album Born a Heavy Morning s'écoute déjà en intégralité sur BandCamp.
Précommandes en cliquant sur l'image ci-dessous.
Les liens
Navalorama Records
Marteleur
Ice Dragon
Connaissant l'ami Crunch, on peut déjà parier sur une sélection rigoureuse d'artistes un peu écorchés, underground juste comme il faut, et un artwork particulièrement soigné.
L'album Born a Heavy Morning s'écoute déjà en intégralité sur BandCamp.
Précommandes en cliquant sur l'image ci-dessous.
Les liens
Navalorama Records
Marteleur
Ice Dragon
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