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samedi 20 août 2011

USX - The Valley Path


Après 2 albums et un EP resplendissants signés sur Neurot Recordings, US Christmas revient à la charge (et quelle charge) avec un nouvel album concept baptisé The Valley Path. Les précédents exercices avaient fait la part belle à un rock remarquablement civilisé pour les habitués aux bourrasques qui entourent la bande à Neurosis.

Eat The Low Dogs et surtout le plus récent Run Thick In The Night proposaient ainsi une alternance de pépites space rock (l’incontournable The Scalphunters, In The Night) et de ballades plus ou moins déprimantes (Fire is sleeping, Ephraïm in the Stars), dans le plus grand respect d’une ligne directrice tracée par les maîtres d’Hawkwind. Pas étonnant d’ailleurs que US Christmas se retrouve aux côtés de Minsk et Harvestman pour un album de reprises d’Hawkwind sorti l’an dernier.

A écouter : The Scalphunters (extrait de Eat The Low Dogs)



A écouter : Ephraïm In The Stars (extrait de Run Thick In The Night)



L’exercice de style leur a sans doute donné des idées, puisque pour ce 3e album à sortir sur Neurot, c’est Sanford Parker qui se charge de la production. Souviens-toi, je t’ai déjà parlé plusieurs fois de ce type. Sanford Parker, c’est ce guitariste hyperactif qui mène la barque de Minsk, mais aussi jadis de Buried at Sea (qui semble d’ailleurs revenir discrètement à la scène) et plus récemment de The High Confessions. Confortablement installé derrière les manettes, Parker n’a pas hésité à sortir l’artillerie lourde pour ce nouveau disque.

Les arrangements de cordes, la voix haut perchée, les riffs de guitare noyés sous les réverbes sont toujours au rendez-vous. Mais sur The Valley Path, la surprise provient surtout de la structure de l’album : un seul morceau, long de 39 minutes. LA marque de fabrique de Sanford Parker, lui qui considère que la musique se martèle sur la durée. Lui qui croit dur comme fer qu’un enchaînement d’accords doit pénétrer dans le crâne au marteau-piqueur. Lui qui n’entrevoit aucun avenir pour la subtilité et les politesses.

Nous voici donc confrontés à un album mutant, qui gravite autour de 2 thèmes principaux. Comme si 2 morceaux de 20 minutes chacun avaient été découpés en petits bouts de longueurs différentes et recollés les yeux fermés. Ici le premier thème, là le second. Et entre les deux, de longues et abstraites digressions qui font de The Valley Path un album vraiment à part dans la discographie de US Christmas. Un album tellement à part que le groupe, outre ses multiples changements de line-up depuis ses premiers pas, répond désormais officiellement au doux sobriquet de USX. Une énième transformation déjà entamée à la sortie de l’album précédent, présenté en pochette comme USX-RTITN. Comprenez US Chrismas – Run Thick In The Night.    

A écouter : The Valley Path



mardi 9 février 2010

Shrinebuilder : s/t


Shrinebuilder, c’est ce qu’on appelle un super groupe. Une sorte de dream team du metal. Le Real de Madrid du doom. C’est un peu comme une brigade canine qui rassemblerait Milou, Idefix et Rantanplan. Shrinebuilder est au gros rock ce que 1 2 3 Soleil est au raï. La Ligue des Justiciers en version tatouages et guitares qui tachent.

Annoncée en fanfare depuis bientôt un an, la super formation se compose de Scott Kelly (Neurosis), Al Cisneros (Om, Sleep), Dale Crover (Melvins, Nirvana) et Scott "Wino" Weinrich (Saint Vitus, The Hidden Hand). Que du lourd, que du lourd.

Il y a deux façons d’écouter ce premier super album.

Primo, faire le malin parce qu’on a un (aussi) un beau diplôme universitaire qui ne sert à rien sur lequel apparaît le mot « sociologie ». Et se souvenir que, par définition, le propre d’un groupe, c’est de dépasser la somme de ses composantes. Dans ce cas, Shrinebuilder sent le pétard mouillé à plein nez. Ce n’est pas forcément donné de faire taire des personnalités comme celles de ces quatre gaillards. Du coup, en fonction des morceaux, Shrinebuilder sonne tantôt comme du Neurosis, tantôt comme du Om, tantôt comme du Saint Vitus, tantôt comme du Melvins. Mais rarement comme une entité supérieure, censée représenter Shrinebuilder. De ce point du vue, l’alchimie ne prend pas vraiment.

[Heureusement, il existe une autre façon d’écouter ce disque. Une façon qui commence par le mot Secundo. Attention, c’est parti…]

… Secundo, tu peux simplement mettre un cd dans ton autoradio et te dire que tu vas écouter un putain d’album de rock. Un truc dense, compact, qui balance la sauce à chaque coup de mediator sur les six cordes d’une guitare un peu trop saturée. Un album qui, du début à la fin, lorgne du côté de Black Sabbath parce que, finalement, c’est la bande à Tony Iommi qui a tout inventé il y a plus de 30 ans déjà. Tu peux simplement te mettre derrière le volant et ramasser une baffe à te décrocher la mâchoire. Et te dire que tu passes un super moment.

Ouais, les super groupes, c’est ça aussi.

J’ai hâte de vérifier ce que ça donne sur scène. Le 19 avril à Courtrai.

Les liens


mardi 29 septembre 2009

Chord - Flora

Où se situe la frontière entre la musique et le bruit? Traditionnellement, deux critères sont à prendre en considération pour pouvoir qualifier de musique une succession de sons : le rythme et/ou la mélodie. Le premier se définit comme la répétition de séquences plus ou moins régulières de battements et de silences. La seconde se manifeste lorsque un intervalle de fréquence perceptible par l’oreille humaine sépare au moins deux sons successifs (les notes). Si on ne retrouve ni rythme ni mélodie, alors on se situerait plutôt dans le registre du tohu-bohu, du charivari ou du boucan. Ça, c’était pour la ramener un peu.

Pourquoi est-ce que je me prends pour un professeur de musique tout d’un coup ? Parce qu’avec le premier album de Chord, je pense qu’on se situe tout juste à la limite entre le brouhaha et la musique. Chord est un collectif qui évolue sur le label Neurot et au sein duquel on retrouve notamment un des gars de Pelican. La singularité de ce groupe réside dans ses compositions particulièrement nihilistes : chaque morceau n’est qu’une lente digression autour d’un seul accord (d’où le nom du groupe, Chord signifiant accord dans la langue de Shakespeare), dont chaque note qui le compose est assignée à un membre du groupe. D’ailleurs, pour être certain qu’on ait bien compris le concept, les quatre morceaux de ce premier album portent le nom d’un accord : Am7, Gmaj (flat13), E9 et Am.

Normalement, à ce stade, un lecteur sur deux devrait déjà avoir jeté l’éponge. Voyons combien de courageux répondront toujours à l’appel après avoir spécifié que les morceaux de l’album durent chacun entre 11 et 16 minutes.

Maintenant, nous ne sommes plus que toi et moi, entre curieux avertis.

Une fois le décor planté, il faut appuyer sur play pour se faire une opinion. A ma grande surprise, je dois reconnaître que l’écoute de l’étrange ovni ne s’est pas apparentée au profond ennui que je craignais. Au contraire : Chord parvient à instaurer une réelle tension dans chacun de ses morceaux, sensation renforcée par la longueur des compos. Si les deux premiers morceaux ne sont effectivement qu’une superposition de variations à l’octave, de larsens, d’échos et de feedbacks, sur E9, on croit distinguer une ébauche d’arpège. L’ensemble se veut menaçant, comme les différentes étapes d’un violent orage d’été, depuis la formation du premier nuage jusqu’à l’éclatement du tonnerre, en passant par les vents mauvais et les éclairs.

A écouter dans quel contexte ? Je dirais que ça se marierait à merveille en bruit de fond pour accompagner un bon bouquin de Bret Easton Ellis. Ou à passer innocemment le jour où belle-maman s’invite à dîner.

Ceux qui ont appris à faire des nœuds coulants avec le câble de leur casque en écoutant le dernier Sunn O))) seront ravis de découvrir un disque de drone qui ne va pas nécessairement s’attaquer directement à leur système nerveux.

Les liens :

http://chord.atomicmouse.co.uk

http://www.myspace.com/dronecollective

http://www.neurotrecordings.com/artists/chord/index.aspx

dimanche 28 décembre 2008

Guapo - Elixirs


Phénomène insaisissable, les Britanniques de Guapo ont médusé le Vooruit de Gand début décembre, en assurant la première partie du concert d’Isis – et en leur volant la vedette par la même occasion (mais ça, ce n’est que mon avis personnel). Le quatuor (une batterie, une basse, une guitare et un clavier) s’appuie sur des compositions instrumentales lentes et colorées pour imposer des ambiances qui évoquent au choix les vieilles séries de science-fiction ou les films de Tim Burton. Sur scène, les collants à paillettes ajoutent un petit côté glam à la mise en scène, chose assez inhabituelle chez les groupes traditionnellement signés sur Ipecac ou Neurot.

En quelques secondes, chaque morceau se mue en une marche mortuaire fluorescente qui, quelques bières au fût aidant, titille l’imagination de l’auditeur et dessine des scènes où de méchants monstres avancent en cadence d’un pas mécanique.

Tadaaaam [la bête sort du bois] ; Tadaaaaaam [elle se rapproche lentement] ; Tadaaaaam [elle ouvre la gueule et découvre deux paires de crocs aiguisés].

Elixirs, le dernier album en date de Guapo n’échappe pas à cette règle… du moins sur la première moitié du disque. Mêmes rythmes processionnaires, même tension, mêmes sonorités venues d’une autre galaxie.

A mi-parcours toutefois, Guapo emprunte des voies inexplorées, s’ouvre d’autres portes et enrichit ses orchestrations d’arrangements inattendus. Ainsi, les deux titres du diptyque Twisted Stems : The Heliotrope et Twisted Stems : The Selenotrope commencent comme ces atmosphères minimalistes à la Swod et évoluent vers une transe psyché à laquelle s’invitent des chœurs monastiques et une voix féminine jazzy. A l’opposé, sur The Planks, Guapo rameute toute la cavalerie et s’offre 3’11 d’un rock shamanique où domine une guitare qui dégueule de l’ayahuasca par gallons.

La musique de Guapo serait-elle devenue tribale, voire dansante ? Fausse alerte : le rideau se referme sur King Lindorm, soit plus de 15 minutes de piano dissonant, de coups de gong et d’errements jazz-prog d’une précision helvétique. Voilà qui remet les pendules à l'heure avant de sortir de l’écoute de cet album qui affiche quand même plus de 58 minutes au compteur pour seulement… 6 morceaux.

Il faut forcément être un peu barje pour imaginer de telles dérives musicales. Pourtant, la musique de Guapo dégage une étrange impression d’accessibilité, impression renforcée par une production soignée qui évite de gonfler le son inutilement. Au moins, le côté ovni ne laissera personne indifférent.


A regarder : un court extrait de King Lindorm en live







Les liens:


Le site officiel

Sur MySpace

jeudi 5 juin 2008

MGR vs. SirDSS - Impromptu

Un jeudi de juin sous la pluie

Ce midi, il pleuvait à grosses gouttes. J'avais oublié chez moi mon disque dur portable et l'après-midi au bureau s'annonçait plus longue que prévu. Il me fallait un bon CD pour m'assurer un atterrissage en douceur. Je suis donc allé chercher la perle rare dans le rayon Hard Rock/Metal d'une enseigne allemande.

J'avais un peu de temps devant moi. J'ai donc amassé toutes les pochettes qui attiraient mon regard et j'ai écouté les 30 premières secondes de chaque album en attendant de tomber sur l'objet du désir. J'avais une idée assez précise de ce que je cherchais : quelque chose de sombre, lent, répétitif, bruyant mais pas trop lourd. Un truc à la Earth ou Rothko.

J'ai eu droit à toutes les variantes de black metal scandinave et de punk à roulettes avant de tomber sur ce CD. Pochette pleine de promesses. Artiste au nom imprononçable. Le petit label discret au dos du boîtier qui indique que l'oeuvre est sortie chez Neurot, la boîte des Neurosis, Red Sparowes, etc. J'ai rapidement fait défiler les quatre titres de l'album, juste par principe parce que je savais que je tenais en main ce que j'étais venu chercher.

Hop, à la caisse.

Mon après-midi a été rythmée - un bien grand mot - par ces longues plages atmosphériques où s'entremêlent larsens, guitares acoustiques et grondements de tonnerre. Point de batterie, point de structure bien établie, juste quatre longues digressions improvisées, parfaites pour accompagner un jeudi pluvieux.

La petite recherche sur le net m'a appris que derrière le pseudo de MGR se cache le guitariste d'Isis Mike Gallagher, ici accompagné de David Scott Stone (SirDSS), un musicien qui a déjà gratté ses cordes aux côtés des Melvins ou de Merzbow.

Ah oui, cet album est sorti il y a tout juste un an. Mais franchement, on s'en balance.

Les liens intéressants:

La page de MGR vs. SirDSS sur le site de Neurot : ici.
Le site de MGR : http://mgrsounds.com
SirDSS sur MySpace : http://www.myspace.com/sirdsssound
Ecouter l'album sur Last.fm : ici