jeudi 12 août 2010

Letter From Belgium - LFB002

Chère maman,

La Belgique est un pays triste. Un pays gris. Plat et humide.

La Belgique est une terre déprimante. Une terre sale. Moite et glissante.

Les Belges sont mous. Un peu lents aussi. Pas très souriants. Ils tirent toujours la gueule. Parfois, quand même, ils rient un peu. Quand ils rient de leurs malheurs.

Ici, l’air est poussiéreux. Les oiseaux ne chantent pas, ils sanglotent, s’étranglent. De toute manière, on ne les entendrait pas. Ici, les avions volent trop bas. Tout ce que j’y vois est en noir et blanc, et souvent même un peu flou. Ici, la couleur n’existe plus.

Tout se perd derrière un voile de brume. Tout s’efface au fond d’un verre de bière. Tout se dilue dans une odeur de marée pas très fraîche. L’hiver n’est pas froid, l’été n’est pas chaud. Au mieux, c’est un pays tiède. Tiède en permanence.

En Belgique, rien n’est sérieux, mais rien n’est vraiment drôle non plus. C’est juste un peu moche, à la limite du pathétique. Presque risible.

En fait, je ne comprends rien. Et je m’emmerde.

Viens me chercher.

Alan

Si on prenait la musique de Letter From Belgium au pied de la lettre (jo-li !), voilà à quoi pourrait ressembler la missive. Un pli rédigé du bout de la plume d’Alan Healy, ou plutôt de son clavier, lui qui, comme son nom ne l’indique pas, sévit retranché quelque part au fond de l’Irlande. Ses albums, il les met en téléchargement gratuit sur le net : des compilations de longues plages atmosphériques, de violentes collisions d’ambiances désolées et des collages délavés qui, mis ensemble, constituent des pièces à écouter de toute urgence.

LFB002 est le deuxième album d’Alan Healy, aka Letter From Belgium. S’il faut absolument y coller une étiquette, on parlera d’ambient dépressif. Et s’il faut absolument établir une comparaison avec un autre artiste, alors on citera The Album Leaf.

Les liens :

http://letterfrombelgium.blogspot.com/

http://www.myspace.com/letterfrombelgium

dimanche 8 août 2010

En attendant le nouvel album d'Amon Tobin

Un morceau présenté dans le numéro spécial du magazine Trax, consacré entièrement au 20e anniversaire de Ninja Tune. Ce titre pourrait préfigurer l'orientation tribale d'un nouvel album qui pourrait sortir avant la fin de l'année.

J'irai vérifier tout ça lors de la soirée anniversaire qui se tiendra à l'AB le 30 septembre. Déjà envie d'y être, moi...

A écouter : Eight Sum




Les liens : 
Le site officiel
Sur MySpace
Le site de Ninja Tune
Ninja Tune sur MySpace
Trax

vendredi 30 juillet 2010

Aucan - DNA EP


C’est ce qu’on pourrait appeler un ballon d’essai. En 2008, les Italiens d’Aucan sortaient un premier album éponyme brillant, mêlant guitares tranchantes et électronique discrète. La mixture faisait l’effet de mets exquis et tenait la dragée haute à Battles, autre prétendant au titre de porte-drapeau d’un math-rock aux accents de Game Boy. A en croire les avis des quelques chanceux qui avaient pu voir nos amis transalpins sur scène, les deux groupes joueraient toutefois dans deux catégories bien distinctes. D’un côté, Aucan décape les murs avec des sets sauvages qui dépassent largement les taux des décibels humainement acceptables. De l’autre, Battles se contente de prestations léchées, techniquement irréprochables mais fondamentalement aussi chiantes que la traversée de l’E 411 dans une Xantia sans autoradio. 

Il y a quelques mois, Aucan frappait une nouvelle fois avec un EP de 5 morceaux au titre ambitieux : DNA. Faut-il en déduire que ce disque renferme le code génétique des compositions et influences du combo italien ? C’est bien possible, parce qu’avec ce mini-album, Aucan ratisse large et propose 5 chansons aux accents divers et variés. On passe d’un rock incisif à une électro agressive (ils revendiquent d'ailleurs l’étiquette de dubstep !), on a même droit à un morceau chanté qui se veut planant (mais qui ne vole pas très haut, il faut bien l’avouer) et le final se décompose comme un interminable bourdonnement dans la grande tradition du drone le plus obscur. 

Au moment de régler l'addition, on reste donc sur l'impression d'un menu 5 services de haute tenue, emmené par deux hors-d'oeuvre de gros calibre (Rooko et Crisis), même si le plate de résistance (DNA, chanté sans grande conviction) s'avère quelque peu amer. Difficile toutefois de réprimer un rot salvateur au terme d'un pousse-café solidement corsé.

A noter pour les curieux que Aucan vient également de sortir un 45 tours en split avec Talking Dead, qui propose une version remixée de Crisis, destinée paraît-il aux DJ. 

A regarder : Crisis

Le lien :

lundi 12 juillet 2010

Indian Jewelry - Totaled

Vouloir ressusciter le rock psychédélique à coups de synthés fumants est décidément une activité très à la mode. Au milieu de ce peloton aux yeux mi-clos, on reconnaît aisément ceux qui se dopent en se contentant de fumer la moquette. Et parmi les échappés, on distingue les autres, ceux pour qui le petit déjeuner ne s’arrête pas chez Tonton Tapis et qui préfèrent oser  le menu trois services : on fume la moquette en entrée, on sniffe la colle à tapisser en plat de résistance et, en guise de dessert, on avale un bout de ce plancher encore tout mérulé.

Indian Jewelry appartient indubitablement à cette deuxième catégorie, celle qui fera la course en tête. Ce n’est plus un voile de fumée qui plane sur leur musique, c’est carrément un brouillard radioactif aussi opaque que les muqueuses rectales d’un taureau par une nuit sans lune. Cette brume est tellement épaisse qu’on dissocie difficilement les voix de la batterie, les guitares des claviers. Psychogènes obligent, cet album donne la furieuse impression de tourner au ralenti, malgré le recours massif aux machines en tous genres, pourtant censées tenir la baraque au moins au niveau du rythme.

Cette bande d’allumés accouche donc d’un album qui flotte quelque part entre ici et là-bas, une bouillie aux pupilles dilatées, difficilement palpable, noyée sous des hectolitres d’artifices. Et pourtant, je dois reconnaître que ça fait mouche. Oceans, la plage d’ouverture se révèle d’une redoutable efficacité ; Excessive Moonlight peut se vanter d’une des lignes de basse les plus entêtantes de ce début de siècle et Never Been Better apporte cette petite montée d’adrénaline qui permet de sortir de la torpeur anxiolytique qui s’installe lentement mais sûrement.

Quant à ceux qui sont totalement hermétiques à ce genre de musique, l’écoute de ce disque leur sera un supplice interminable.

A regarder :  Lapis Lazuli

samedi 3 juillet 2010

La Bamba triste : l'oxymore selon Pierre Billon

Oxymore n. m.

Figure de style qui consiste à placer l'un à côté de l'autre deux mots opposés (voir antonymes). On trouve des cas célèbres d'emploi de ce procédé :

« Cette obscure clarté » (Corneille, Le Cid ), un silence éloquent, un mort-vivant etc.

Ce procédé crée un paradoxe, une image surprenante. Il s'agit d'ailleurs le plus souvent d'une métaphore. On l'appelle aussi parfois « alliance de mots » ou oxymoron.

Il ne doit pas être confondu avec l'antithèse.

L'un des plus beaux oxymores de l'histoire reste assurément La Bamba triste de Pierre Billon.

A regarder : l'original



A regarder : l'explication



A regarder : la version unplugged, 26 ans plus tard.



Source : www.labambatriste.com

mercredi 30 juin 2010

Lilium - Felt

Puisque, sur album, Wovenhand ne parvient plus à m’émouvoir comme avant, je vais commettre une légère infidélité. De ces infidélités un peu sordides, celles qui restent confinées dans le cercle familial et qui dévient parfois vers la consanguinité. Complice de cet impair : le bassiste français Pascal Humbert et son propre projet Lilium. Je dis bien « projet » parce que l’exercice de style pourrait difficilement être qualifié de groupe à part entière. Au gré des morceaux, il s’entoure des musiciens et vocalistes qui donneront à ses compositions tout le lustre qu’elles méritent. Bienvenue dans un concept à géométrie variable, un album qu’on compose à la carte avec les ingrédients de saison.

Si tu ne le connaissais pas, Pascal Humbert était le bassiste génial de feu 16 Horsepower, et depuis lors, reste le lieutenant fidèle de David Eugene Edwards au sein de Wovenhand. Compte tenu du caractère en acier trempé de l’allumé du Colorado, on peut imaginer que Humbert avait besoin d’une soupape de sécurité, un espace rien qu’à lui pour exprimer tout ce qui ne rentrait pas dans son rôle d’équipier de luxe.

Voilà donc comment est né Lilium, dont Felt est le troisième album en environ 10 ans d’existence. Plus posé, plus sage, plus atmosphérique que ses illustres cousins, Lilium s’écoute comme la bande son d’une traversée qui nous emmènerait au cœur de l’Amérique, celle des plaines désertiques, des routes à n’en plus finir et d’un soleil qui ferait transpirer nos chemises. Autour de la basse, ou de la contrebasse, viennent se greffer ici quelques accords de guitare, là une poignée de notes de piano et parfois mêmes des cuivres discrets. Des voix – féminines, masculines ou les deux – ajoutent une touche humaine à ce qui s’apparenterait autrement à la visite d’un village fantôme, perché sur un cheval rachitique et assoiffé, à la recherche de quelques gouttes d’eau dans un abreuvoir rempli de scorpions.

Felt s’impose comme un album d’une beauté assez brute et introvertie qui, sans tomber dans la facilité, ratisse du côté du folk, de la country, du jazz, du blues. Avec à l’intersection de tous ces styles toujours cette impression de chaleur étouffante, cette sueur qui ruisselle dans la nuque, ce soleil aveuglant. Un album qui sent le vieux cuir usé et le tabac à chiquer.

Une bien belle réussite pour un troisième album qui passera certainement entre les gouttes.

A écouter : Right were you are

Les liens
Sur MySpace
Sur le label Glitterhouse