Avec "Girl in a Band", Kim Gordon signe une autobiographie passionnante. Elle y raconte le quotidien d'une femme dont la vie hésite entre Los Angeles et New York et qui, accessoirement, était la bassiste de Sonic Youth. Accessoirement hein.
Kim Gordon a toujours été pour moi un mystère. Silhouette droite et rigide, visage dur et fermé, voix écorchée au papier de verre. J'ai dû voir Sonic Youth en concert une bonne dizaine de fois, dont au moins la moitié au premier rang. Mes tentatives désespérées de croiser son regard ont toujours échoué. Imperturbable, l'oeil opaque qui fixe l'horizon, Kim Gordon n'a jamais donné l'impression d'être prête à laisser transparaître la moindre émotion, et certainement pas la moindre faiblesse. Exécutant ses morceaux à la perfection, elle ne s'encombrait pas de discussions avec le public et était toujours la première à quitter la scène, pendant que ses compères s'amusaient à démolir leurs amplis à coups de larsens assassins.
Dans son autobiographie, Kim lâche enfin la bride. Celle qui semblait tellement vouloir contrôler son image se livre jusqu'à dévoiler certains détails parfois gênants de sa vie de couple, et laisse ainsi apparaître un tout autre personnage, d'une profonde sensibilité, parfois naïve, souvent blessée, mais terriblement attachante. Dès les premières lignes, elle annonce la couleur et reconnaît sa "froideur" légendaire. Dès que ces barrières tombent, c'est une vie entière - fascinante - qu'elle raconte comme si elle tenait un journal intime. Le ton austère n'était en réalité qu'une forme extrême de timidité. Quand Kim Gordon baisse la garde, on a juste envie de la serrer dans ses bras.
Donc non, "Girl in a Band" ne raconte pas l'histoire de Sonic Youth. On y suit plutôt la vie d'une gamine de bonne famille, élevée par des parents universitaires et ayant grandi aux côtés d'un frère aîné schizophrène. On découvre un parcours fait de rencontres que Kim relate avec un naturel assez déroutant, comme si finalement, tout cela était d'une affligeante banalité. Les anecdotes s'enchaînent, depuis ses années de lycée où elle sortait avec un camarade de classe qui n'était autre que Danny Elfman (aujourd'hui compositeur de nombreuses musiques de film pour Tim Burton) jusqu'à sa vie de maman où elle a dû décliner une réunion de parents d'élèves parce qu'elle devait interviewer Yoko Ono. Normal, quoi. Qui ne s'est jamais retrouvé dans la même situation?
Star banale
Pour contrebalancer cet impressionnant tableau de chasse, on apprend aussi de nombreux détails qui relativisent la notion de "star system" dans un milieu punk arty new-yorkais trônant pourtant sur le toit du monde de la branchitude rock. Lire que les musiciens de Sonic Youth se sont fait traiter comme des moins que rien par le tour manager de Neil Young sur leur tournée commune, ça écorche un peu le mythe. Idem pour l'apparition de Chuck D sur l'album "Goo", qui en réalité n'est due qu'à un heureux concours de circonstances. Le pincement au coeur se fait encore plus douloureux lorsque Kim retrace l'ultime tournée de Sonic Youth en Amérique Latine, suivant l'annonce de son divorce avec Thurston Moore. Le récit a de quoi surprendre. On y revit les repas après les concerts - où le malaise était tellement palpable que plus personne n'osait lui parler à table - ou son retour après le concert en Argentine, le tout dernier de Sonic Youth, seule dans l'avion pour préparer la rentrée scolaire de sa fille... bien consciente que vient de se refermer le chapitre final d'un groupe culte qui aura duré près de 30 ans.
Sur Sonic Youth en tant que tel, Kim Gordon raconte tout de même les coulisses de certains albums, l'histoire des pochettes, l'ambiance des sessions d'enregistrement, les références de certains textes. Mais le groupe n'est qu'un élément du décor, une partie d'une vie qu'elle partage entre ses peintures, la réalisation de films, une marque de vêtements... et sa vie intime. Etrangement, Lee Ranaldo est pratiquement absent du récit, comme si elle ne lui attribuait qu'un rôle de figurant.
Forcément, sa relation avec le guitariste Thurston Moore, le père de sa fille, qui se termine 23 ans plus tard par un divorce fracassant, occupe une grande place dans ce bouquin. Au point de susciter parfois l'impression d'un règlement de comptes en public.
Pour conclure, je dirais que ce bouquin ne plaira pas à tous les fans de Sonic Youth. Il ne plaira qu'à celles et ceux qui ont envie de percer une partie du mystère Kim Gordon et de marcher dans les pas d'une meuf qui impose le respect de quiconque a jamais vibré au son d'un de ses albums. Les autres risquent de se perdre dans les très nombreux détails sur son enfance ou son parcours en dehors du groupe.
20 ans déjà
Pour ma part, c'est toujours bon signe, je garde un souvenir très précis du jour où j'ai découvert Sonic Youth. Je devais avoir 15 ans, c'était au tout début de l'année scolaire. A force d'arriver toujours en retard en classe, je me retrouvais assis au dernier banc, sur la dernière chaise laissée libre, à côté d'un mec à moitié punk, un peu barré, qui venait de redoubler son année et à qui personne n'adressait la parole. Les potes le trouvaient bizarre, moi il me faisait marrer. Il venait de se faire menacer de renvoi parce qu'il avait suspendu sa veste au clou planté dans les pieds de Jésus, sur l'immense crucifix de deux mètres qui trônait au fond de la classe, transformant la croix en porte-manteau. Ecole catho oblige, ça n'avait pas du tout plu. En m'asseyant à côté de lui, j'avais posé sur la table une des nombreuses cassettes qui encombraient mon sac. Tout d'un coup, le mec avait retrouvé l'usage de la parole:
- T'écoutes du rock?
- Ben ouais...
- Je vais te prêter des cassettes alors.
La première qu'il m'a prêtée, c'est "Experimental Jet Set Trash and No Star" de Sonic Youth. Je m'en souviens comme si c'était hier. Je me l'étais passée dans le walk-man en me baladant dans la rue. Je devais rejoindre mes parents qui tenaient un stand sur une brocante couverte. Quand je suis entré dans le vaste hangar, c'est "Skink" qui me martelait les oreilles. Je marchais littéralement au-dessus du sol, je volais, je n'avais jamais rien entendu de pareil. Avec la voix de Kim Gordon qui hurlait "I love you" comme si elle m'engueulait et puis qui semblait m'inviter à partager une partie de son intimité, j'étais ailleurs. Mes pieds ne touchaient plus terre. J'étais fou amoureux de cette voix embrumée, de cette basse, des guitares qui partaient complètement en vrille et du jeu de batterie tellement maîtrisé.
Par la suite, on s'est échangé des tonnes de cassettes. Le mercredi après-midi, on rassemblait ce qui nous restait d'argent de poche pour louer des CDs à la Médiathèque qu'on copiait sur des cassettes: Pixies, The Jesus Lizard, Mudhoney, Tad, The Melvins, L7, etc. Et puis on s'est tapé à peu près tous les concerts de Sonic Youth possibles et imaginables, on a roulé des heures pour être au premier rang au retour de Mudhoney à Paris, et on a remis le couvert pour The Jesus Lizard des années plus tard.
Quand j'ai déménagé pour la 10e fois en 15 ans l'été dernier, c'est lui qui est venu m'aider à démonter mes meubles. 20 ans plus tôt, notre amitié a commencé avec une cassette de Sonic Youth. C'est dire à quel point ce groupe compte pour moi.
Humeurs tirées de mon carnet de route de faiseur de bruit au sein des groupes Des Yeux et Veda.
mercredi 10 février 2016
mercredi 13 janvier 2016
Kabbale, fusion nucléaire et immortalité: l'étrange message laissé par Bowie
En quittant ce bas monde, Bowie boucle l'oeuvre de toute une vie. Au passage, il en profite pour livrer une partie des clés qui aident à résoudre une énigme qu'il nous avait soumise il y a 40 ans. Si Bowie est une oeuvre d'art à lui tout seul, son décès en est l'ultime chapitre. Mais les oeuvres d'art sont-elles mortelles?
Ce n'est un secret pour personne: je suis profondément bouleversé par le décès de David Bowie, sans doute l'artiste que j'apprécie le plus, toutes disciplines confondues, et ce depuis une grosse vingtaine d'années. Depuis l'annonce de sa mort ce lundi matin, je reste incrédule et me repasse en boucle cette réplique d'Al Pacino dans le film "Donnie Brasco", apprenant la mort de John Wayne, et qui donne à peu près ceci :
"Il y a des choses que je ne comprends pas.
Comment quelqu'un comme John Wayne peut-il mourrir?"
Je ressens la même chose à propos de Bowie.
Evidemment, je ne vais pas refaire toute l'analyse de l'oeuvre de Bowie, traversée de part en part par son obsession de l'éternité, de l'immortalité et du surhomme. Que ce soit dans ses chansons, sur les pochettes de ses albums, dans ses rôles au cinéma, et même dans la publicité, Bowie a toujours martelé l'idée d'une entité supérieure qui lui survivrait. Même dans "Labyrinthe", malgré son accoutrement et une bande son plus que discutables, Bowie dérobe un bébé pour s'assurer une vie éternelle. "The Man Who Fell To Earth", "Merry Christmas Mr. Lawrence", "The Hunger" ressassent cette thématique de l'immortalité, du surhomme.
Pour revenir au décès de Bowie, ce qui impressionne immédiatement, c'est la mise en scène de sa propre mort. Bowie a toujours donné l'impression qu'il maîtrisait la destinée de son oeuvre. Son décès en fait également partie. C'est le dernier chapitre d'une oeuvre globale, magistrale, dont il est à la fois l'auteur et l'acteur principal. Comme le résume le producteur Tony Visconti:
"La vie de Bowie est une oeuvre d'art."
Il ne faut pas être Madame Irma pour comprendre que le clip de Lazarus doit se lire comme un message d'adieu. Pourtant, certains détails entourant Blackstar et Lazarus méritent vraiment qu'on s'y attarde, car ils dévoilent une énigme que l'artiste a subtilement dissimulée.
Le premier élément frappant, c'est le costume que porte Bowie dans le clip de Lazarus. Pas dans son lit, mais bien ce costume rayé noir et blanc dans lequel il apparaît à partir de 2'00. Cette tenue vestimentaire est exactement la même que celle que Bowie portait sur la photo qui illustre le verso de l'album "Station To Station", sorti en 1976. Et accessoirement selon moi son meilleur album, loin devant tous les autres.
Les images de "Station To Station" sont issues de sessions avec l'immense photographe américain Steve Schapiro, qui réalisa notamment la pochette de l'album, mais également celle de "Low" l'année suivante.
Evidemment, chez Bowie, le hasard et la coïncidence n'ont aucune place. Tout est savamment calculé.
Revenons donc à cette photo de 1976. On y voit un Bowie agenouillé, occupé à tracer des diagrammes sur le sol. Plusieurs rééditions de l'album présentent la même photo avec un cadrage plus large, voire d'autres images de cette session.
Comme l'explique ce site, les diagrammes dessinés par Bowie sur cette image représentent l'Arbre de la Vie ou Arbre des Sephiroth. Il s'agit de symboles kabbalistiques que l'on retrouve également dans les paroles de la chanson Station To Station:
Here are we
One magical movement
from Kether to Malkuth
Je ne connais pas grand chose en Kabbale, mais Kether (la couronne) et Malkuth (le Royaume) semblent être la première et dernière vertus de l'Arbre de Vie, comme l'explique ce site.
Sur d'autres photos de cette session de 1976, on découvre un Bowie toujours occupé à tracer ses diagrammes, mais dans un carnet cette fois. Son regard se perd à l'infini, songeur. Le plan plus large découvre un point d'interrogation sur le mur. On peut donc en déduire que Bowie s'interroge sur le sens de la vie. Ses gribouillages sont une quête, un point de départ.
Retour en 2016. Nous retrouvons donc Bowie qui danse autour de son lit de mort, dans son costume de 1976, et s'assied ensuite à son bureau où il réfléchit, prend note dans un carnet, presque en transe, quitte à déborder du support. Il semble avoir enfin trouvé le sens qu'il cherchait. Le rapprochement entre les deux images, à 40 années d'intervalle, est frappant. Il boucle ici le dernier chapitre, termine ses notes, s'en va à reculons. Le rideau peut tomber, Bowie a résolu son énigme.
C'est difficile d'être catégorique, mais un zoom sur les notes du carnet semble en tout cas montrer qu'il ne s'agit pas d'un texte continu, mais bien d'une suite de traits géométriques. S'agit-il de nouveaux symboles kabbalistiques? Lui seul le sait.
Une autre image pourrait toutefois apporter un élément de réponse. Bowie a donc semé dans le clip de Lazarus des graines qui nous ramènent à une image de 1976 et d'étranges diagrammes. Ce n'est pas la seule. Il est en effet très difficile de ne pas rapprocher ces diagrammes à d'autres symboles entourant la sortie de Blackstar.
Lorsque j'ai commandé mon vinyle, j'ai opté pour le super "bundle" contenant également trois lithographies. Bien que j'attende toujours mon disque, les trois lithos m'ont été livrées la veille de Noël. L'un d'elles est également ornée d'une série de symboles qui ressemblent à s'y méprendre à ceux des photos de 1976.
Après vérification auprès d'un ami (coucou Bruno!), il s'agit en réalité de formules chimiques. Les dessins représentent les différentes étapes du processus de fusion nucléaire qui mène à la création d'un soleil, comme l'explique très bien ce site qui reprend également la même formule. Je suis aussi nul en chimie qu'en kabbale, mais nous nous trouvons bien ici face à un processus qui fusionne des atomes d'hydrogène et d'hélium, libérant une énergie colossale qui mène à la formation d'une étoile.
I'm a blackstar...
Voilà qui nous permet de revenir au clip de Blackstar, la première étape annonçant la sortie de ce disque de Bowie, dont plus personne ne doute qu'il s'agit d'un testament rédigé en toute connaissance de cause.
Dans la vidéo de Blackstar, les symboles sont également nombreux. Personne n'oserait remettre en cause l'identité du cadavre d'astronaute qui apparait sur le premier plan. Si ce n'est pas le Major Tom de Space Oddity, perdu dans l'espace et qu'on aurait enfin retrouvé, alors il faudra vraiment que je révise mes classiques ! Major Tom fait donc dans ce film l'objet d'un rite mortuaire, qui constitue la trame de toute la vidéo.
Comment dès lors interpréter toute cette imbrication de symboles? Voici ma version, qui vaut ce qu'elle vaut:
Dans le clip de Lazarus, Bowie résout l'énigme de la vie sur laquelle il s'interrogeait depuis 1976. Son existence, indissociable de son oeuvre, l'a amené à transiter par de nombreux personnages qu'il a créés. Sa vie est une oeuvre d'art à elle seule. Bowie en a maintenant terminé, il peut refermer ce livre. Cet ultime chapitre ne se termine toutefois pas avec le décès de l'artiste, ce serait trop simple. Bowie n'est pas du genre à s'éteindre du jour au lendemain. Il nous renvoie donc à ces symboles chimiques, accompagnant Blackstar. Le propre de la fusion nucléaire, c'est l'interpénétration de deux éléments qui libère une énergie suffisante pour créer un soleil.
Dans le clip de Blackstar, ces deux éléments qui fusionnent nous sont livrés sur un plateau d'argent : il s'agit d'une part de Major Tom, qui incarne à lui seul les dédoublements de personnalités de Bowie (Major Tom, Ziggy Stardust, Aladdin Sane, Halloween Jack, Thin White Duke, Nathan Adler) et Bowie lui-même. L'acteur et son créateur. L'homme et son personnage fusionnent enfin. Ensemble, ils libèrent une énergie capable de créer un soleil, source de lumière éternelle. I'm a blackstar. Bowie est apaisé, il a enfin réalisé son voeu: celui de l'immortalité de son oeuvre. Et comme son oeuvre, c'est sa vie, Bowie est désormais éternel.
La fusion de l'acteur et du créateur vient ainsi boucler la boucle. From Kether to Malkuth, Bowie a désormais atteint le Royaume, dont voici la description kabbalistique:
"La dixième séphire est intelligence resplendissante. Elle est le réceptacle de toutes les influences. Malkuth incarne le stade ultime de la forme, dense et palpable, incapable d'exister plus concrètement. Elle est notre univers, notre planète, notre corps et toutes choses animées et inanimées qui nous entourent. Malkuth est le Royaume des formes imaginées enfin réalisées. Malkuth est aussi le lieu où les liens entre force et forme se dégradent et se rompent, le seuil où l'on "rend l'âme", où ce qui ne peut être assimilé devient déjection. Le défi de l'homme est sans doute de pouvoir maîtriser un jour la myriade d'énergies et d'influences qui s'agitent dans son royaume." (source)
J'ai toujours su que Bowie était un Dieu. Maintenant, j'en ai la preuve.
Je peux enfin commencer mon deuil.
Note : toutes les photos de l'époque Station To Station dans cet article sont l'oeuvre du photographe américain Steve Schapiro
samedi 9 janvier 2016
VIdéo: OMSQ live au Botanique, avec Bruce Ellison
Quand j'étais ado, j'avais enregistré sur une VHS un documentaire qui parlait du rock belge du milieu des années 90, ce truc qui nous semblait tellement inconcevable, étant nourris du matin au soir de rock anglo-saxon. On y parlait notamment de dEUS, de Mad Dog Loose et de PPz30. J'ai dû regarder cette cassette au moins 30 fois. C'est comme ça que j'ai découvert ce personnage totalement insolite qu'est Bruce Ellison.
A peu près 20 ans plus tard, quand on a enregistré Vertigo, le deuxième EP de OMSQ qu'on partageait cette fois avec les Progerians, on cherchait une voix pour lire un extrait de Mr. Vertigo de Paul Auster sur le passage le plus calme du morceau. Dans nos têtes, l'idée était très claire: on voulait quelqu'un capable de lire cet extrait à la manière d'un prêcheur américain en transe. L'exemple qu'on a utilisé pour le briefing, c'est cette scène hallucinante du film "There Will Be Blood", où l'acteur Paul Dano est tellement habité qu'il foutrait presque autant les boules que n'importe quelle scène de L'Exorciste.
Restait à trouver LA voix pour nous déclamer du Paul Auster avec la même puissance face à un micro. Il se fait que Bertrand, notre batteur, connait bien Bruce Ellison. Il lui a proposé, il a dit oui sans problème, il s'est pointé au studio et en une prise, le truc était emballé. Quelques mois plus tard, Bruce est venu nous voir à l'Os à Moelle. Accoudé au bar en train de descendre des trappistes après le concert, il nous a donné un conseil précieux, avec son accent inimitable :
Quand on a appris qu'on allait jouer au Botanique en novembre dernier, on s'est tout de suite dit que ce serait peut-être l'occasion de marquer le coup et de proposer à Bruce de nous accompagner sur scène. Il a accepté, toujours avec le même enthousiasme. Cette fois, on lui a proposé deux textes: le même extrait de Mr. Vertigo, et pour un autre morceau inédit, un poème de William Blake.
Comme pour l'enregistrement, Bruce s'est imposé avec une aisance déconcertante. Sur scène, il n'a pas tout à fait commencé quand il le fallait. Du coup, on est un peu passé à côté de l'effet recherché. Mais le mec assure tellement qu'il n'a pas hésité à rallonger le texte de Blake pour récupérer sa petite boulette. Au final, vu que personne n'avait jamais entendu ce morceau, c'est passé inaperçu.
Donc le 7 novembre dernier, j'ai réalisé deux rêves d'ado en une soirée: jouer sur la scène de la Rotonde et partager cette même scène avec ce vieux briscard de Bruce Ellison.
Dans les prochains mois, on reprend la route du studio pour enregistrer les prochains disques. Ce morceau-là y sera forcément, mais très certainement dans une version bien différente. Et sans doute avec un autre texte. La prestation de Bruce a eu l'avantage de montrer les limites du poème de Blake.
Pour suivre l'actu de OMSQ, ça se passe toujours sur notre page Facebook.
Les disques s'écoutent, se téléchargent librement et s'achètent sur notre page Bandcamp.
A peu près 20 ans plus tard, quand on a enregistré Vertigo, le deuxième EP de OMSQ qu'on partageait cette fois avec les Progerians, on cherchait une voix pour lire un extrait de Mr. Vertigo de Paul Auster sur le passage le plus calme du morceau. Dans nos têtes, l'idée était très claire: on voulait quelqu'un capable de lire cet extrait à la manière d'un prêcheur américain en transe. L'exemple qu'on a utilisé pour le briefing, c'est cette scène hallucinante du film "There Will Be Blood", où l'acteur Paul Dano est tellement habité qu'il foutrait presque autant les boules que n'importe quelle scène de L'Exorciste.
Restait à trouver LA voix pour nous déclamer du Paul Auster avec la même puissance face à un micro. Il se fait que Bertrand, notre batteur, connait bien Bruce Ellison. Il lui a proposé, il a dit oui sans problème, il s'est pointé au studio et en une prise, le truc était emballé. Quelques mois plus tard, Bruce est venu nous voir à l'Os à Moelle. Accoudé au bar en train de descendre des trappistes après le concert, il nous a donné un conseil précieux, avec son accent inimitable :
"Quand tu joues du rock, tu t'en fous de ce que te dit l'ingé son. Tu mets tout à fond et tu joues.
Le reste, ce n'est plus ton problème."
Quand on a appris qu'on allait jouer au Botanique en novembre dernier, on s'est tout de suite dit que ce serait peut-être l'occasion de marquer le coup et de proposer à Bruce de nous accompagner sur scène. Il a accepté, toujours avec le même enthousiasme. Cette fois, on lui a proposé deux textes: le même extrait de Mr. Vertigo, et pour un autre morceau inédit, un poème de William Blake.
Comme pour l'enregistrement, Bruce s'est imposé avec une aisance déconcertante. Sur scène, il n'a pas tout à fait commencé quand il le fallait. Du coup, on est un peu passé à côté de l'effet recherché. Mais le mec assure tellement qu'il n'a pas hésité à rallonger le texte de Blake pour récupérer sa petite boulette. Au final, vu que personne n'avait jamais entendu ce morceau, c'est passé inaperçu.
Donc le 7 novembre dernier, j'ai réalisé deux rêves d'ado en une soirée: jouer sur la scène de la Rotonde et partager cette même scène avec ce vieux briscard de Bruce Ellison.
Dans les prochains mois, on reprend la route du studio pour enregistrer les prochains disques. Ce morceau-là y sera forcément, mais très certainement dans une version bien différente. Et sans doute avec un autre texte. La prestation de Bruce a eu l'avantage de montrer les limites du poème de Blake.
Pour suivre l'actu de OMSQ, ça se passe toujours sur notre page Facebook.
Les disques s'écoutent, se téléchargent librement et s'achètent sur notre page Bandcamp.
mardi 30 juin 2015
Nouvelle vidéo : OMSQ live au Kinky Star à Gand
Nouveau line-up, nouveau matériel, nouvelle composition.
Trame narrative: l'asphyxie.
Trame narrative: l'asphyxie.
mardi 31 mars 2015
Les coulisses d'une vidéo : OMSQ "Limitless" (tribute to Singham)
Quand on écrit de la musique pour des "films imaginaires", on est à cent lieues de s'imaginer que celle-ci pourrait coller pile poil sur une scène prise au hasard. Encore moins s'il s'agit d'une série Z de Bollywood, avec cascades, moustaches et biceps à la en veux-tu en voilà.
En procrastinant sur Youtube, je tombe donc sur une scène apparemment culte tirée de Singham, sorte de super flic nourri au poulet tandoori. Je constate qu'à quelques secondes près, le timing correspond tip top à celui d'un de nos morceaux issus de notre album Thrust / Parry. Je remets la vidéo en coupant le son et en jouant le titre en question en fond sonore. Bingo...
Une après-midi plus tard, passée dans les locaux de Navalorama Records à disséquer l'un ou l'autre plan pour bien caler l'image et la bande sonore, l'affaire était dans le sac.
Quand je serai plus grand, je veux devenir compositeur de musiques de films d'actions avec des moustaches et des mecs qui pourchassent des Jeep avec un réverbère sous le bras.
Le résultat:
La vidéo originale (avec une bande son nettement plus couillue):
En procrastinant sur Youtube, je tombe donc sur une scène apparemment culte tirée de Singham, sorte de super flic nourri au poulet tandoori. Je constate qu'à quelques secondes près, le timing correspond tip top à celui d'un de nos morceaux issus de notre album Thrust / Parry. Je remets la vidéo en coupant le son et en jouant le titre en question en fond sonore. Bingo...
Une après-midi plus tard, passée dans les locaux de Navalorama Records à disséquer l'un ou l'autre plan pour bien caler l'image et la bande sonore, l'affaire était dans le sac.
Quand je serai plus grand, je veux devenir compositeur de musiques de films d'actions avec des moustaches et des mecs qui pourchassent des Jeep avec un réverbère sous le bras.
Le résultat:
La vidéo originale (avec une bande son nettement plus couillue):
samedi 10 janvier 2015
#JesuisCharlie : Pourquoi, même entouré de cons, je manifesterai à Paris ce dimanche
Depuis hier, je vois fleurir sur le net un nombre impressionnant d’articles justifiant une désolidarisation du mouvement (trop) populaire #JeSuisCharlie, en réaction contre l’attaque qu’a subie ce mercredi le journal satirique Charlie Hebdo. A coup de #JeNeSuisPasCharlie, les arguments qui justifient cette prise de distance pleuvent et ont le mérite de rééquilibrer le débat : rejet de cette béatification post-mortem d’un journal à l’humour souvent douteux, récupération du mouvement par une lame de fond tout aussi extrémiste que les dérives qu’elle prétend dénoncer et, surtout, cette universalisation d’une colère molle, suiviste et peu concernée qui, en Belgique, n’est pas sans rappeler la Marche blanche.
#JeNeSuisPasCharlie : résumons donc les arguments point par point.
Primo, oui, Charlie Hebdo était effectivement devenu une feuille de chou à l’humour gaulois peu reluisant, qui se donnait bonne conscience en caricaturant une fois toutes les trois lunes un Jésus sur sa croix, histoire de faire taire les critiques qui y voyaient une forme d’acharnement contre l’islam.
Secundo, il est évident qu’en se proclamant Charlie, je soupçonne un certain nombre d’abrutis d’avoir trouvé la parade pour acheter à moindres frais une virginité à leur revendication bien moins avouable. Comprenez « Marre des Arabes, ils s’en prennent à nos valeurs (chrétiennes). »
Tertio, oui j’admets rester quelque peu perplexe en constatant que l’oncle René ou la cousine Kimberley, qui d’ordinaire inondaient leur mur Facebook de photos de chatons trop mignons, d’avis de recherche élucidés depuis 3 ans ou de leur dernier record à Farmville, se découvrent soudain un élan révolutionnaire et changent leur photo de profil pour défendre un journal qu’ils confondaient encore hier avec la formule enfants des défunts Restos GB.
#JeSuisCharlie : passons désormais à mes propres contre-arguments.
D’abord, je n’ai aucune honte à l’admettre : je ne lisais pas Charlie Hebdo. Pour moi, c’était comme les chansons de Didier Super : deux fois par an, quand j’ai besoin de laisser mon cerveau de côté. Au mieux, je le feuilletais par curiosité sur les chiottes, chez des amis fidèles abonnés. Pas tellement mon truc en fait. Tout comme je ne lis jamais Ubu-Pan d’ailleurs. J’ai toujours préféré lire Le Canard, plus pertinent, plus cérébral aussi sans doute. Un ami posait cette question : si la flingade avait eu lieu chez Minute, afficherions-nous tous « Je suis Minute », en hommage à ce torchon d’extrême-droite ? La réponse est évidemment négative, pour une raison qui n’a pas l’air de sauter aux yeux de tout le monde : les extrémistes ne s’en prendraient jamais à ces torche-culs nazillards que sont Minute, Valeurs Actuelles ou Rivarol. Pour la bonne et simple raison qu’ils poursuivent la même cause : l’exclusion, la peur, le rejet, le repli sur soi et au final, la destruction de toute forme de lien social. Est-ce un hasard si les attentats mus par le fondamentalisme religieux ne visent jamais l’extrême-droite ? Ils sont peut-être moins ennemis qu’ils ne veulent nous le faire croire.
Selon moi, l’erreur consiste justement à réduire #JeSuisCharlie à la défense du seul Charlie Hebdo. Oui, comme vous, ça me chiffonne un peu de voir Charb érigé en héros. Mais à mon humble avis, ce qui se joue en ce moment dépasse largement Charlie. Ce qui s’est passé, c’est une soupape de sécurité qui nous pète en pleine gueule. C’est la démonstration la plus sordide de la nécessité de se pencher d’urgence et sans tabou sur la question du vivre ensemble et de la société qu’on veut construire. #JeSuisCharlie est un appel à la mobilisation de chacun : levez-vous et défendez vos idéaux, sinon les salauds le feront à votre place et il sera trop tard. Interpelez vos élus pour qu’ils se penchent enfin sur les vraies causes d’un malaise qui traverse l’ensemble de la société et qui est bien profond : exclusions, cloisonnement, incompréhension, délitement du lien social, creusement des inégalités, absence de perspective d’avenir, mise à sac des acquis sociaux, perception d’injustice sociale et fiscale, nivellement culturel par le bas, recul environnemental, etc.
Ensuite, la question de la récupération nauséeuse est tout aussi centrale dans le mouvement #JeSuisCharlie. J’ai participé au rassemblement organisé dans ma petite ville de province cette semaine. J’en suis rentré en colère, après les âneries que j’y ai entendues. J’y ai notamment croisé un ancien mandataire politique local, pourtant issu d’un parti qui se proclame humaniste, qui la veille encore commentait la tuerie de Charlie Hebdo en ces mots : « Dans quel monde vivons-nous ? Je regrette le temps où l'on pouvait avoir un sapin de Noël ou une crèche dans les lieux publiques ! » (sic)
Eh oui, tout mouvement populaire charrie son lot de débiles profonds, amateurs d’amalgames qui reposent le cerveau, surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la haine qu’ils ont eux-mêmes alimentée. Et des gros cons de sa trempe, on va s’en farcir des cars entiers ce dimanche. Venus soi-disant défendre la liberté d’expression qu’ils n’ont jamais trouvée aussi chère que depuis qu’elle a été mise à mal par des barbus, mais qu’on n’a jamais entendus quand les bigots de la manif pour tous, pourtant bien chrétienne, agressaient les journalistes, se barricadaient courageusement derrière leurs poussettes ou encourageaient leurs enfants à agiter des bananes devant une ministre de couleur. Elles sont là, nos valeurs occidentales mises à mal ?
Agression de notre équipe à la "Manif pour Tous... par rennestv
Dois-je pour autant baisser les bras parce que les salauds vont s’inviter à mes côtés ? Dois-je me taire et les laisser faire ou au contraire battre pavé à leurs côtés et essayer de gueuler plus fort qu’eux ? Si Zemmour, Destexhe et Modrikamen s’autoproclament soudain Charlie pour déverser leur haine de tout ce qui ne leur ressemble pas, dois-je quitter le navire ou au contraire monter aux barricades pour démontrer qu’ils se sont (une fois encore) gourés de combat ?
Aussi loin que je me souvienne, toutes les manifestations auxquelles j’ai participé ont drainé leurs meutes de boulets, essayant de reprendre à leur compte la revendication initiale, meilleure façon de la pourrir aux yeux des médias et de l’opinion publique. Exemples : les réac-souverainistes quand on rejetait la directive Bolkestein, les islamistes radicaux quand on protestait devant l’ambassade d’Israël après qu’Ariel Sharon ait provoqué la deuxième intifada en paradant sur l’esplanade des mosquées. Je me souviens encore très bien d’une scène grotesque lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Irak pour la deuxième fois sous Bush Jr : des dizaines de gamins d’une douzaine d’années défilant sur le campus de l’ULB avant de rejoindre la manif dans le centre-ville. Des militants du Mouvement Marxiste Léniniste (MML) les avaient racolés à la sortie des écoles et équipés de drapeaux communistes, alors qu’à l’évidence, pas la moitié du quart de ces kets n’avaient la moindre idée de la signification de l’étendard qu’ils brandissaient.
Aurais-je dû pour autant renoncer à mon droit de m’exprimer sous prétexte que ces mouvements de contestation étaient détournés par des individus dont je ne partage pas le point de vue ? Pour le dire autrement, mon père doit-il travailler les jours de grève nationale et donc accepter qu’on lui rabote ses droits sociaux, pour éviter d’être associé à 10 connards de dockers anversois étiquetés Vlaams Belang ou à une syndicaliste namuroise survoltée ?
Avec des raisonnements pareils, on ne sortira plus jamais dans la rue. On trouvera toujours de bonnes excuses pour rester chez soi, bien au chaud dans ses pantoufles et contester derrière son clavier. Pire : on laisse le champ libre aux abrutis de tous bords qui n'en demandaient pas tant pour nous confisquer le droit à ouvrir notre gueule. Il y aura forcément tout un cortège de racistes, de fachos et d’écervelés qui défileront ce dimanche à Paris. Face à cette situation, j’ai deux possibilités : soit je m’abstiens et je les laisse déverser leur haine entre eux sans m’y mêler, soit je défile à leurs côtés et je gueule plus fort qu’eux. J’ai définitivement choisi cette seconde option.
Dimanche donc, je défilerai pour exprimer mon opinion. Et c’est celle-ci :
Moi je défilerai avec une couverture de Charlie Hebdo qui ne laissera planer aucun doute sur mes intentions.
Et on verra si ceux qui défilent à mes côtés défendent réellement la liberté d’expression. Parce que le jour où tous les dégoûtés auront abandonné, il ne restera plus que les dégoûtants. Elle n’est pas de moi celle-là, mais je me l’approprie.
#JeNeSuisPasCharlie : résumons donc les arguments point par point.
Primo, oui, Charlie Hebdo était effectivement devenu une feuille de chou à l’humour gaulois peu reluisant, qui se donnait bonne conscience en caricaturant une fois toutes les trois lunes un Jésus sur sa croix, histoire de faire taire les critiques qui y voyaient une forme d’acharnement contre l’islam.
Secundo, il est évident qu’en se proclamant Charlie, je soupçonne un certain nombre d’abrutis d’avoir trouvé la parade pour acheter à moindres frais une virginité à leur revendication bien moins avouable. Comprenez « Marre des Arabes, ils s’en prennent à nos valeurs (chrétiennes). »
Tertio, oui j’admets rester quelque peu perplexe en constatant que l’oncle René ou la cousine Kimberley, qui d’ordinaire inondaient leur mur Facebook de photos de chatons trop mignons, d’avis de recherche élucidés depuis 3 ans ou de leur dernier record à Farmville, se découvrent soudain un élan révolutionnaire et changent leur photo de profil pour défendre un journal qu’ils confondaient encore hier avec la formule enfants des défunts Restos GB.
#JeSuisCharlie : passons désormais à mes propres contre-arguments.
D’abord, je n’ai aucune honte à l’admettre : je ne lisais pas Charlie Hebdo. Pour moi, c’était comme les chansons de Didier Super : deux fois par an, quand j’ai besoin de laisser mon cerveau de côté. Au mieux, je le feuilletais par curiosité sur les chiottes, chez des amis fidèles abonnés. Pas tellement mon truc en fait. Tout comme je ne lis jamais Ubu-Pan d’ailleurs. J’ai toujours préféré lire Le Canard, plus pertinent, plus cérébral aussi sans doute. Un ami posait cette question : si la flingade avait eu lieu chez Minute, afficherions-nous tous « Je suis Minute », en hommage à ce torchon d’extrême-droite ? La réponse est évidemment négative, pour une raison qui n’a pas l’air de sauter aux yeux de tout le monde : les extrémistes ne s’en prendraient jamais à ces torche-culs nazillards que sont Minute, Valeurs Actuelles ou Rivarol. Pour la bonne et simple raison qu’ils poursuivent la même cause : l’exclusion, la peur, le rejet, le repli sur soi et au final, la destruction de toute forme de lien social. Est-ce un hasard si les attentats mus par le fondamentalisme religieux ne visent jamais l’extrême-droite ? Ils sont peut-être moins ennemis qu’ils ne veulent nous le faire croire.
Selon moi, l’erreur consiste justement à réduire #JeSuisCharlie à la défense du seul Charlie Hebdo. Oui, comme vous, ça me chiffonne un peu de voir Charb érigé en héros. Mais à mon humble avis, ce qui se joue en ce moment dépasse largement Charlie. Ce qui s’est passé, c’est une soupape de sécurité qui nous pète en pleine gueule. C’est la démonstration la plus sordide de la nécessité de se pencher d’urgence et sans tabou sur la question du vivre ensemble et de la société qu’on veut construire. #JeSuisCharlie est un appel à la mobilisation de chacun : levez-vous et défendez vos idéaux, sinon les salauds le feront à votre place et il sera trop tard. Interpelez vos élus pour qu’ils se penchent enfin sur les vraies causes d’un malaise qui traverse l’ensemble de la société et qui est bien profond : exclusions, cloisonnement, incompréhension, délitement du lien social, creusement des inégalités, absence de perspective d’avenir, mise à sac des acquis sociaux, perception d’injustice sociale et fiscale, nivellement culturel par le bas, recul environnemental, etc.
Ensuite, la question de la récupération nauséeuse est tout aussi centrale dans le mouvement #JeSuisCharlie. J’ai participé au rassemblement organisé dans ma petite ville de province cette semaine. J’en suis rentré en colère, après les âneries que j’y ai entendues. J’y ai notamment croisé un ancien mandataire politique local, pourtant issu d’un parti qui se proclame humaniste, qui la veille encore commentait la tuerie de Charlie Hebdo en ces mots : « Dans quel monde vivons-nous ? Je regrette le temps où l'on pouvait avoir un sapin de Noël ou une crèche dans les lieux publiques ! » (sic)
Eh oui, tout mouvement populaire charrie son lot de débiles profonds, amateurs d’amalgames qui reposent le cerveau, surtout lorsqu’il s’agit de dénoncer la haine qu’ils ont eux-mêmes alimentée. Et des gros cons de sa trempe, on va s’en farcir des cars entiers ce dimanche. Venus soi-disant défendre la liberté d’expression qu’ils n’ont jamais trouvée aussi chère que depuis qu’elle a été mise à mal par des barbus, mais qu’on n’a jamais entendus quand les bigots de la manif pour tous, pourtant bien chrétienne, agressaient les journalistes, se barricadaient courageusement derrière leurs poussettes ou encourageaient leurs enfants à agiter des bananes devant une ministre de couleur. Elles sont là, nos valeurs occidentales mises à mal ?
Agression de notre équipe à la "Manif pour Tous... par rennestv
Dois-je pour autant baisser les bras parce que les salauds vont s’inviter à mes côtés ? Dois-je me taire et les laisser faire ou au contraire battre pavé à leurs côtés et essayer de gueuler plus fort qu’eux ? Si Zemmour, Destexhe et Modrikamen s’autoproclament soudain Charlie pour déverser leur haine de tout ce qui ne leur ressemble pas, dois-je quitter le navire ou au contraire monter aux barricades pour démontrer qu’ils se sont (une fois encore) gourés de combat ?
Aussi loin que je me souvienne, toutes les manifestations auxquelles j’ai participé ont drainé leurs meutes de boulets, essayant de reprendre à leur compte la revendication initiale, meilleure façon de la pourrir aux yeux des médias et de l’opinion publique. Exemples : les réac-souverainistes quand on rejetait la directive Bolkestein, les islamistes radicaux quand on protestait devant l’ambassade d’Israël après qu’Ariel Sharon ait provoqué la deuxième intifada en paradant sur l’esplanade des mosquées. Je me souviens encore très bien d’une scène grotesque lorsque les Etats-Unis ont envahi l’Irak pour la deuxième fois sous Bush Jr : des dizaines de gamins d’une douzaine d’années défilant sur le campus de l’ULB avant de rejoindre la manif dans le centre-ville. Des militants du Mouvement Marxiste Léniniste (MML) les avaient racolés à la sortie des écoles et équipés de drapeaux communistes, alors qu’à l’évidence, pas la moitié du quart de ces kets n’avaient la moindre idée de la signification de l’étendard qu’ils brandissaient.
Aurais-je dû pour autant renoncer à mon droit de m’exprimer sous prétexte que ces mouvements de contestation étaient détournés par des individus dont je ne partage pas le point de vue ? Pour le dire autrement, mon père doit-il travailler les jours de grève nationale et donc accepter qu’on lui rabote ses droits sociaux, pour éviter d’être associé à 10 connards de dockers anversois étiquetés Vlaams Belang ou à une syndicaliste namuroise survoltée ?
Avec des raisonnements pareils, on ne sortira plus jamais dans la rue. On trouvera toujours de bonnes excuses pour rester chez soi, bien au chaud dans ses pantoufles et contester derrière son clavier. Pire : on laisse le champ libre aux abrutis de tous bords qui n'en demandaient pas tant pour nous confisquer le droit à ouvrir notre gueule. Il y aura forcément tout un cortège de racistes, de fachos et d’écervelés qui défileront ce dimanche à Paris. Face à cette situation, j’ai deux possibilités : soit je m’abstiens et je les laisse déverser leur haine entre eux sans m’y mêler, soit je défile à leurs côtés et je gueule plus fort qu’eux. J’ai définitivement choisi cette seconde option.
Dimanche donc, je défilerai pour exprimer mon opinion. Et c’est celle-ci :
Des cons ont buté d’autres cons et la conséquence de leurs actes risque de précipiter la victoire d’autres cons. Au final, c’est la connerie générale qui risque de gagner.
Et ça, il n’en est pas question.
Moi je défilerai avec une couverture de Charlie Hebdo qui ne laissera planer aucun doute sur mes intentions.
Et on verra si ceux qui défilent à mes côtés défendent réellement la liberté d’expression. Parce que le jour où tous les dégoûtés auront abandonné, il ne restera plus que les dégoûtants. Elle n’est pas de moi celle-là, mais je me l’approprie.
mardi 6 janvier 2015
Quelle est la différence entre Filigranes et Lunch Garden?
Dans mon dernier post, je m'étonnais d'apprendre que Filigranes serait encore une librairie. Selon moi, c'est juste un salon de thé où on peut s'essuyer les doigts sur une quatrième de couv' après avoir avalé une tarte poires cannelle. Après vérification, je confirme : tout comme chez Lunch Garden ou Flunch, on y trouve de vieux réacs à la dentition chancelante en train de glorifier la grandeur du passé, en dévorant tant bien que mal des pâtisseries ramollies à quatre heures de l'après-midi. Et vas-y que c'était mieux avant, quand les bonnes femmes restaient à leurs fourneaux, que les noirs se contentaient de balayer nos rues avec un os dans le nez, à l'époque où on pouvait encore appeler un PD un PD ou un Bougnoule un Bougnoule.
Avec tout de même une différence notable : chez Filigranes, on a garni les étagères de faux livres, histoire de faire illusion. Une idée de déco pour la cantine de votre maison de repos ?
La preuve en image:
Avec tout de même une différence notable : chez Filigranes, on a garni les étagères de faux livres, histoire de faire illusion. Une idée de déco pour la cantine de votre maison de repos ?
La preuve en image:
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