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mardi 8 janvier 2013

Bowie sortira un nouvel album en mars : "The Next Day"


David Bowie est de retour. Il sortira un nouvel album en mars, intitulé "The Next Day". Ce trentième album sera une nouvelle fois produit par Tony Visconti, son vieux compagnon de route. Un premier single est d'ores et déjà en écoute sur le site officiel de David Bowie : "Where are we now?" Celui-ci fait ouvertement référence à la période berlinoise de Bowie, qui l'avait amené à enregistrer trois albums légendaires à la fin des années 70 : Low, Heroes et Lodger.



Cette annonce ne tombe pas par hasard : c'est aujourd'hui le 66e anniversaire de David Bowie. La sortie de ce nouvel album coïncide d'ailleurs avec l'ouverture de la grande rétrospective "David Bowie is" que le Victoria and Albert Museum de Londres consacrera à l'artiste du 25 mars au 28 juillet prochain.

Alors ? 2013, l'année Bowie ? Pourquoi pas...

On se souviendra en tout cas que l'auteur de Ziggy Stardust entretenait le plus grand mystère autour de sa personne depuis déjà de longues années. Son dernier album studio ("Reality") datait de 2003. Depuis lors, hormis quelques contributions en guest star avec TV On The Radio, Scarlett Johansson ou Kashmir, il était resté particulièrement discret. Il n'était plus remonté sur scène depuis une intervention chirurgicale au coeur qui l'avait contraint à annuler la fin de sa tournée en 2004, mis à part une furtive apparition aux côtés de David Gilmour et Alicia Keys en 2006. Sa dernière véritable apparition en public remontait à 2009, lors de l'avant-première de "Moon", le premier film réalisé par son fils Duncan Jones.

Et depuis... silence radio. Les rumeurs laissaient présager d'un état de santé préoccupant. Son biographe avait confié il y a quelques mois encore à la presse que Bowie profitait désormais d'une retraite paisible à New York et prenait le temps de s'occuper de sa plus jeune fille. On le disait désormais absorbé par son autre passion : la peinture. Bowie avait d'ailleurs poliment refusé l'invitation de Danny Boyle à prendre part aux cérémonies d'ouverture des JO de Londres. Et il s'était même fendu d'un démenti plutôt ferme, lorsque la presse britannique avait cru bon d'annoncer sa présence à la fameuse exposition "David Bowie is" qui lui sera dédiée cette année à Londres. Les fans semblaient résignés : Bowie avait-il définitivement tourné la page ? Apparemment, nous avions tout faux. Bowie démontre une nouvelle fois sa maîtrise ultime des canaux de communication : qu'un artiste de son calibre parvienne à maintenir le secret le plus total sur l'enregistrement d'un nouvel album tant attendu impose tout simplement un respect infini. Bowie est définitivement toujours maître de son image. Un artiste qui maîtrise tous les codes d'un environnement en mouvement perpétuel.

Et musicalement, qu'en penser ? "Where are we now?" rappelle les compositions de l'album "Hours" sorti en 1999, qui voyait Bowie revenir à un songwriting plus classique et épuré. La chanson et le clip évoquent d'ailleurs le temps qui passe, un thème omniprésent sur "Hours" jusque sur cette étrange pochette qui mettait en scène un Bowie chevelu et grisonnant, tenant dans les bras son propre double, dans sa version hirsute des deux albums précédents : "Outside" et "Earthling". Certains y avaient vu le symbole du passage de témoin, entre le Bowie fougueux des années 90 et son successeur désormais devenu plus mature.



Personnellement, je prends le pari d'un nouvel album posé, apaisé et centré sur l'écriture, sans grands artifices technologiques. Un album qui constituera à n'en point douter l'ultime chapitre de la carrière de Bowie. Une sorte de testament en guise de point final à plus de 45 années d'une carrière brillamment chahutée. Bref, l'album que j'attendais en vain depuis au moins 15 ans...

Et soudain, je me remets à rêver d'une tournée. Mais on n'y est pas encore.

"The Next Day" sortira le 8 mars en Australie, le 10 mars partout dans le monde, sauf aux Etats-Unis qui devront patienter jusqu'au 11 mars. 

Les liens pour précommander l'album sur www.davidbowie.com.

Le tracklisting complet de "The Next Day".
 

samedi 18 décembre 2010

Bowinage - épisode 4 sur 5 : Always Crashing in The Same Car (1977)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Eté 1976: l’Europe est assommée par une vague de chaleur sans précédent. C’est également l’été qui voit mes parents s’unir pour la vie. Cérémonie modeste, certes, mais ma maman tenait absolument à y inviter David Bowie, « ce petit charmeur aux grandes dents » qui l’avait tant intriguée. C’est l’époque où la rock star commence à s’aventurer à Berlin, bras dessus, bras dessous avec Iggy Pop et Lou Reed. Contre toute attente, c’est avec une autre étoile montante de la musique populaire qu’il se rend aux épousailles. Bien connu des kermesses et autres fêtes au boudin de la région, c’est Claude Barzotti qui l’accompagne. Bowie avait besoin d’un lift et c’est Eddie Barclay qui lui avait présenté ce jeune fils d’immigré italien « dont le talent n’a d’égal que l’éclat de ses boucles couleur corbeau ».

Musicalement, les deux chanteurs n’ont que très peu d’atomes crochus. Ils trouvent toutefois un terrain d’entente dans le Cabernet Sauvignon bulgare qui arrose le repas et les Mon Chéri tombés à point au moment du pousse-café. Pour une fois, la chanson Always Crashing In The Same Car, sortie en 1977 sur l’album Low, ne fait pas directement référence à l’un ou l’autre membre de ma famille. Pas directement, mais un peu quand même, puisque ce titre relate comment, après avoir redéposé Bowie à la gare de Jemappes après la soirée, Barzotti, complètement bourré, alla encastrer son Opel Manta flambant neuve dans l’un des feux des Quatre Pavés de Quaregnon. C’est de cet accident que Claude conserva les graves séquelles cérébrales qui le mèneront en 1981 à commettre l’album Madame.






La première pochette du 45 tours "Le Rital",
retirée du commerce après 2 semaines suite 
au procès qui opposa Barzotti à EMI.

A regarder : Always Crashing in The Same Car (live)

samedi 7 mars 2009

Lou Reed - Berlin : Live at St. Ann’s Warehouse


Un soir de la semaine, en rentrant du boulot dans un train bondé, je me repassais dans les écouteurs l’album de Lou Reed Berlin : Live at St. Ann’s Warehouse, soit un enregistrement en public d’un des albums les plus sombres de l’ex-leader du Velvet Underground. Enregistré en 1973 dans des conditions chaotiques (Lou est camé jusqu’au bout des tifs), l’album Berlin aura attendu près de 35 ans pour avoir droit aux plaisirs de la scène. « Plaisir » est ici un sacré euphémisme, tant l’album est miné par une chape de plomb.

Pour sa tournée Berlin, Lou Reed est passé une fois à Forest National et une autre au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles. A chaque fois, j’ai hésité. A chaque fois, j’ai décliné. Pour deux raisons. Primo, Lou Reed n’est pas réputé pour son sens aigu du respect du public. Ne l’ayant jamais vu sur scène, je préfère entretenir avec lui des rapports distants et en conserver une image pas encore trop écornée. Tant pis pour le concert : Lou Reed, ce sera pour toujours une pile de vinyles que je pose sur la platine avec les yeux qui pétillent. Secundo, l’album Berlin est tellement intense que je ne pouvais pas l’imaginer autrement qu’avec les crachotements de l’aiguille qui râpe le microsillon. Disons que c’est une expérience qu’on préfère vivre seul chez soi avec un alcool fort, plutôt que planté au milieu d’un bon millier de conards qui ont déboursé 40 euros pour assister au spectacle.

En réécoutant ce live, un soir dans le train, j’ai réalisé que le morceau The Kids était probablement la chanson la plus déprimante que j’aie jamais entendue. Dans sa version live, elle est à peine moins insoutenable que dans sa version studio. Autour de paroles pourtant très terre-à-terre (« They took her children away ») et quelques accords de guitare qui n’ont vraiment rien d’exceptionnel, cette chanson parvient à instaurer un climat détestable et à l’étirer sur plus de… 8 minutes. En cause : ces pleurs d’enfants terrifiants qui nous gâcheraient le retour du printemps.

Si on sait aujourd’hui que les enfants en question étaient ceux du producteur Bob Erzin, deux théories subsistent quant à la manière dont leurs pleurs auraient été enregistrés. Dans le premier scénario, Lou Reed les aurait simplement enfermés dans le studio en laissant les micros branchés et se serait barré en n’oubliant pas d’éteindre avant de sortir. Quand je disais que c’était un sympa, le Lou…

Dans le second scénario, c’est Bob Erzin lui-même qui aurait trouvé le subterfuge : alors que ses gosses traînaient dans le studio, il leur aurait tout simplement annoncé qu’ils ne reverraient plus jamais leur mère et aurait enregistré leurs réactions. La bonne blague.

L’histoire nous dira peut-être un jour lequel des deux est coupable de cette monstrueuse merveille (attention, un Prix Nobel s'est senti obligé de sous-titrer):