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samedi 18 décembre 2010

Bowinage - épisode 4 sur 5 : Always Crashing in The Same Car (1977)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Eté 1976: l’Europe est assommée par une vague de chaleur sans précédent. C’est également l’été qui voit mes parents s’unir pour la vie. Cérémonie modeste, certes, mais ma maman tenait absolument à y inviter David Bowie, « ce petit charmeur aux grandes dents » qui l’avait tant intriguée. C’est l’époque où la rock star commence à s’aventurer à Berlin, bras dessus, bras dessous avec Iggy Pop et Lou Reed. Contre toute attente, c’est avec une autre étoile montante de la musique populaire qu’il se rend aux épousailles. Bien connu des kermesses et autres fêtes au boudin de la région, c’est Claude Barzotti qui l’accompagne. Bowie avait besoin d’un lift et c’est Eddie Barclay qui lui avait présenté ce jeune fils d’immigré italien « dont le talent n’a d’égal que l’éclat de ses boucles couleur corbeau ».

Musicalement, les deux chanteurs n’ont que très peu d’atomes crochus. Ils trouvent toutefois un terrain d’entente dans le Cabernet Sauvignon bulgare qui arrose le repas et les Mon Chéri tombés à point au moment du pousse-café. Pour une fois, la chanson Always Crashing In The Same Car, sortie en 1977 sur l’album Low, ne fait pas directement référence à l’un ou l’autre membre de ma famille. Pas directement, mais un peu quand même, puisque ce titre relate comment, après avoir redéposé Bowie à la gare de Jemappes après la soirée, Barzotti, complètement bourré, alla encastrer son Opel Manta flambant neuve dans l’un des feux des Quatre Pavés de Quaregnon. C’est de cet accident que Claude conserva les graves séquelles cérébrales qui le mèneront en 1981 à commettre l’album Madame.






La première pochette du 45 tours "Le Rital",
retirée du commerce après 2 semaines suite 
au procès qui opposa Barzotti à EMI.

A regarder : Always Crashing in The Same Car (live)

vendredi 3 décembre 2010

Bowinage - épisode 3 sur 5 : Station To Station (1976)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

En 1975, ma mère n’a toujours pas la moindre idée de qui était ce bellâtre qui l’avait abordée sur la berge quelques années plus tôt. Pire, elle s’en souvient à peine. Dans le Borinage, le choc pétrolier se fait ressentir plus qu’ailleurs. Et dans sa petite bicoque de fille de mineur, cette splendide demoiselle de 20 printemps n’a toujours pas les moyens de s’offrir le tourne-disque qui lui ouvrirait les portes de la musique pop anglaise. Pour occuper ses soirées, elle traîne donc dans les cabarets fréquentés par des mineurs ivres morts qui dépensent leur paie pour oublier la couleur du trou. 

Bowie en gare de Flénu
De l’autre côté de la Manche, Bowie poursuit son bonhomme de chemin. Les années de galère sont maintenant derrière lui et il peut commencer à tapisser ses murs de disques d’or, même si le succès commercial n’est pas toujours à la hauteur des critiques élogieuses qu’il suscite. En tournée continentale pour défendre l’album Young Americans, il décide de faire un crochet rapide par le Borinage et croit dur comme fer qu’il pourra cette fois revoir sa bien-aimée. Cette nouvelle tentative s’avère fructueuse puisque, sur le quai de la gare de Flénu, il tombe nez à nez avec la petite rouquine, visiblement seule. Après quelques minutes d’une conversation bancale, la mémoire de ma future maman se rafraîchit et les deux tourtereaux commencent à se raconter leurs vies respectives. Bowie peut difficilement cacher sa frustration : comment est-il possible que cette jeune et belle femme n’ait jamais entendu parler de lui ? La discussion se rompt subitement lorsqu’entre en gare le train omnibus en provenance de Bruxelles. Du deuxième wagon descend un jeune homme en uniforme, mince, pâle au regard droit et portant une petite mallette. Bowie voit son interlocutrice se jeter littéralement dans les bras de ce militaire en permission, qui deviendra plus tard mon père. 

Vexé, l’artiste tourne les talons mais ma mère l’attrape par l’épaule et lui propose de se joindre à eux pour la soirée. L’un de ses cabarets préférés a été récemment ravagé par un terrible incendie et mon futur papa participe ce soir-là à un concours de fléchettes, dont les bénéfices serviront à reconstruire le bistrot. Flatté, Bowie passera ainsi la soirée incognito dans la fumée et les effluves de bière d’un cabaret borain, au milieu des joueurs de manille et des crosseurs en plaine. Mais la joie et la bonne humeur de l’instant ne sont rien en comparaison de la douleur qui le mange de l’intérieur. Le lendemain aux aurores, il prend le train pour Paris et rejoint ses musiciens pour la suite de la tournée. Pendant son voyage, il écrit les premières lignes de l’album Station To Station: « The return of the Thin White Duke / Throwing darts in lovers’ eyes ».

A regarder : Station To Station (live)



("It's not the side-effect of the cocaine"? Bof...)

mercredi 3 novembre 2010

Bowinage / épisode 2 sur 5 : Rock'n'Roll Suicide (1972)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

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Résumé de l'épisode précédent : Bowie, en plein questionnement, erre dans le Borinage en quête de l'inspiration et y rencontre une jeune adolescente rousse qui deviendra plus tard ma maman. 

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1971 : Peu à l’aise dans son rôle d’amant éconduit, Bowie se console en se jetant dans les bras d’Angela Barnett, une actrice de seconde zone, dont la ressemblance avec ma mère est frappante. De cette union avec Angie, naîtra un an plus tard Duncan Jones qui deviendra par la suite le réalisateur que l’on sait.

Néanmoins, Bowie peine à se remettre de ce revers sentimental et reste obnubilé par le portrait de cette adolescente qui était parvenue à l’émouvoir par sa fraîcheur. Dépression, alcool, drogue. Bowie craque et part sans laisser de trace. En réalité, il prend le ferry sur un coup de tête, traverse la Manche et sillonne trois jours et trois nuits durant les rues du Borinage à bord de son bolide… à la recherche de celle qui lui a brisé le cœur. Un soir, au coin d’une rue, il croit apercevoir la belle, perd le contrôle de sa voiture et frôle l’accident sur ce qui n’était qu’une énième hallucination.

Désespéré, aux abois, un genou à terre, Bowie rentre à Londres et couche sa douleur sur Rock’n’Roll Suicide, qui reste à ce jour la meilleure chanson rock que quiconque ait jamais écrite sur ma maman : Chev brakes are snarling / As you stumble accross the road / But the day breaks instead / So you hurry home. C’est à cette époque que l’auteur meurtri, au bord du gouffre, trouve alors un subterfuge pour échapper au mal qui le ronge. Il se réfugie derrière les traits de Ziggy Stardust et sa chevelure couleur de feu. Comme par hasard.

A regarder : Rock'n'Roll Suicide (live) 

samedi 9 octobre 2010

Bowinage / épisode 1 sur 5 : Cygnett Committee (1969)

Bowinage : une reconstitution historique inédite d'un pan totalement oublié de la biographie de David Bowie. Un travail documentaire rigoureux pour rétablir la vérité sur l'influence des terrils du Borinage sur l'oeuvre du Thin White Duke.

Juin 1968 : un certain David Bowie cherche son second souffle. Son premier album sorti sous le nom de David Jones & The King Bees n'a pas rencontré le succès escompté. Quant aux singles sortis sur le label Deram (Rubber Band, The London Boys), ils peinent à trouver un écho auprès des pontes de la FM. C'est la première grosse déprime de celui qui est en train de composer l'album Space Oddity.

En plein questionnement existentiel, Bowie rencontre dans un pub de la banlieue sud de Londres l'écrivain Constant Malva, qui l'invite alors à venir passer quelques jours de villégiature chez lui, en Belgique, plus précisément à Flénu, une petite bourgade de la région de Mons. Malva était persuadé que la noirceur des terrils du Borinage offrirait à la future pop star la source d'inspiration qui avait manqué jusque là à des chansons trop naïves et enjouées.

Ce pan totalement oublié de la biographie officielle de Bowie l'a donc amené un samedi de l'été 68 à errer sur les berges de la Trouille, la rivière qui irrigue la région des charbonnages. Il y rencontre, assise sur un banc en train de réviser ses déclinaisons latines, une adolescente aux longues boucles rousses, qui n'est autre que ma mère alors âgée de 13 ans seulement. Dans un français plus qu'approximatif, il engage la conversation avec cette jeune fille dont il tombe immédiatement sous le charme mais qui repousse ses avances, encore toute farouche derrière ses épaisses lunettes de lycéenne. A l'époque, ma mère n'avait que faire des pseudo rock stars. Entre ses révisions, elle passait son temps à apprendre par cœur les écrits de Karl Marx et Rosa Luxemburg et ne jurait que par le "grand soir", celui qui quelques semaines plus tôt avait soulevé les Universités de France. Du matin au soir, elle chantait les louanges des prophètes armés et rêvait du jour où elle battrait le record du monde du lancé de pavé.

En cette belle après-midi estivale, elle tente donc d'initier le jeune Bowie aux joies de la révolution permanente. Voilà comment quelques semaines plus tard, de retour à Londres, Bowie composait son hymne Cygnet Committee, véritable appel au soulèvement des masses, qui s'étire sur plus de 9 minutes sur l'album Space Oddity. Morceau d'anthologie, Cygnet Committee dévoile un Bowie sous son meilleur jour. Si le titre s'ouvre sur un phrasé tout en retenue, il évolue vers un final dramatique aux accents gospell, qui traduit à la fois la détresse et la détermination de Bowie qui clame : I will fight for the Right to be Right / I will kill for the Good of the Fight for the Right to be Right.

On sent bien évidemment l'influence de ma mère dans ces quelques lignes : la révolution permanente. L'allusion à la révolution est moins évidente sur la pochette de l'album Space Oddity. Par contre, il est impossible de passer à côté de la permanente.


A écouter : Cygnett Committee